Exploitez ces immigrés que je ne saurais voir !
L’Italie ne peut plus se passer de ses millions de travailleurs venus de l’étranger. Sans eux, son économie s’effondre. Trois livres illustrent, chacun dans son genre, une réalité niée par la classe dirigeante. Et par une bonne partie de la population, qui ne voit rien d’anormal à organiser des « chasses au Noir ».
Le Livre
Désirables et indésirables. L’immigration en Italie. Comment et pourquoi
Il Saggiatore
© Carlo Hermann/AFP
En janvier 2010, 1?500 immigrés africains ont dû fuir Rosarno, en Calabre, sous la pression des habitants.
À Turin, pour la première fois depuis des décennies, le marché de Porta Palazzo n’a pas eu lieu. La grande place est restée à moitié déserte, quelques étalages de ci de là, beaucoup d’emplacements vides et peu d’acheteurs. Le plus grand marché d’Europe s’est arrêté : les jeunes Bengalis qui chaque matin à l’aube traînent les charrettes des marchands depuis leurs abris nocturnes jusqu’à la place ne se sont pas présentés, les primeurs marocains sont restés les bras croisés, les propriétaires chinois des stands de vêtements n’ont pas bougé de chez eux, les bouchers roumains n’ont pas levé le rideau de fer de leurs magasins, tous les immigrés qui font vivre le marché étaient tout simplement en grève ce jour-là.
La « journée sans immigrés » a eu le mérite d’attirer l’attention de nombreux citoyens, coupables d’ignorance, sur une question abondamment étudiée et documentée depuis des années par les chercheurs et experts : la présence d’un nombre toujours plus élevé d’immigrés en Italie est nécessaire à la survie de notre système économique et de notre welfare state. Une nécessité violemment niée par une bonne partie de la classe politique qui se retrouve autour de l’idée de la fermeture des frontières et de l’hostilité envers tous ceux qui, venant d’autres pays, arrivent en Italie à la recherche d’un travail.
Un phénomène nouveau : les «&nb (...)
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Notes
2| Près de Turin. En 2008, Riccardo Staglianò a publié un livre, coécrit avec Raffaele Oriani, sur les Chinois implantés en grand nombre dans cette région. Il s’intitule : I cinesi non muoiono mai (« Les Chinois ne meurent jamais »).
3| L’équivalent italien de notre Guide Michelin.
Bibliographie
Riccardo Staglianò, Grazie. Ecco perché senza gli immigrati saremmo perduti (« Merci. Voilà pourquoi nous serions perdus sans les immigrés »), Chiarelettere, 2010.
Antonello Mangano, Gli africani salveranno l’Italia (« Les Africains sauveront l’Italie »), BUR Biblioteca Univ Rizzoli, 2010.
Sources de l'article
Il Manifesto








Né en 1982, Francesco Vietti est diplômé de langues et littératures russes et chinoises. Il travaille actuellement pour la ville de Turin et s’occupe de projets mettant en valeur les cultures des immigrés. Il anime également un atelier d’alphabétisation pour les étudiants étrangers. On lui doit plusieurs nouvelles : la dernière s’intitule Lo Straniero (« L’étranger »), O.M.P., 2008. 





















Française originaire de la Guadeloupe, j'ai passé une année à Turin en 98/99 dans le cadre de mes études (Erasmus). J'y ai ressenti un profond malaise et j'ai pu voir re(et vivre!) le dédain et la condescendance d'une partie de la population pour les immigrés car on pensait que je venais d'un pays d'afrique. Déjà le plus souvent, les gens que je rencontrais étaient consternés à l'idée que je puisse être noire ET française. Et puis ce qui était frappant c'est que l'on me tutoyait alors que l'on vouvoyait ma coloc (italienne) lorsque nous étions ensemble. S'il y a de nombreuses africaines dans cette ville qui viennent faire des études (droit, pharma, medecine...) il y a aussi de nombreuses prostituées qui viennent de ce continent. Malheureusement certains italiens sont incapables de faire la différence entre les 2; je ne compte pas les fois où j'attendais le tram en plein jour en jeans, basket et où une voiture s'arrêtait à mon niveau... malaise... Cependant j'ai également rencontré des italiens formidables qui sont encore mes amis 12 ans après. J'espère donc que la nouvelle génération continuera à voyager, à souvrir au monde et à accepter les autres et leurs différences