Guerre scolaire en Australie
Pourquoi tant d’inégalités entre les écoles ? Le milieu social est-il déterminant ? Faut-il beaucoup mieux payer les enseignants ? Les recruter parmi les plus brillants éléments de l’université ? Accorder à tous les parents le choix de l’école ? Décentraliser ? Évaluer publiquement les établissements ? Organiser un retour à la pédagogie « scolaire », au vieux sens du terme ? Tout cela à la fois ? Ces questions, on se les pose aux antipodes…
Le Livre
Un espoir radical. Éducation et égalité en Australie
par Noel Pearson
Black Inc
© Juan Manuel Castro Prieto/Vu
Loin des établissements d’élite, les écoles des communautés aborigènes reculées manquent absolument de tout. Le taux d’abandon scolaire de ces enfants est deux fois plus élevé que celui des Blancs.
En pleine époque des Lumières, sa découverte nourrit une polémique considérable parmi les philosophes et les éducateurs. Était-ce un exemple du « bon sauvage » de Rousseau, non corrompu par les contraintes sociales qui avaient étouffé l’Europe des siècles durant ? Le garçon allait-il apprendre à parler et se prendre en charge à mesure que ses talents innés se révéleraient, comme l’Émile de Rousseau ? Ou, pour suivre John Locke, était-il une page blanche attendant d’être écrite par un enseignement de qualité et une pédagogie intelligente ?
La flamme de l’enseignement inspiré brille toujours à Hollywood
Jean Marc Gaspard Itard, un médecin parisien, entreprit de répondre à ces questions. Il adopta l’enfant et le baptisa Victor. Avec patience et persévérance, il s’employa à le civiliser, en usant de méthodes qu’il jugeait progressistes. Il conçut des jeux pour l’encourager à « découvrir » comment lir (...)
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Notes
2| L’argument est développé dans Outliers, Little Brown, 2009. Traduit en français par l’éditeur québécois Tanscontinental, sous le titre Les Prodiges. Sur ce sujet, lire Books, n°8, septembre 2009 « Le secret des réussites hors normes ».
Bibliographie
Christian Baudelot et Roger Establet, L’Élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons, Seuil, 2009. Les deux sociologues, connus notamment pour leur livre Le niveau monte, en 1989, ont passé au crible les résultats de la France dans l’enquête PISA.
François Dubet, Les places et les chances, Seuil, 2010. ?Un livre stimulant, qui s’insurge contre la nature inégalitaire de l’école française.
Éric Maurin, La Nouvelle Question scolaire, Seuil, 2007. À rebours des complaintes sur la massification de l’enseignement, le regard d’un économiste sur les effets bénéfiques de la démocratisation scolaire.
Autres livres évoqués dans cet article
Charles Dickens, Nicolas Nickleby, in Oliver Twist. Suivi de Nicolas Nickleby et Un chant de Noël, Omnibus, 2005.
Helen Hughes, Lands of Shame. Aboriginal and Torres Strait Islander “Homelands” in Transition, Centre for Independent Studies, 2007.
Simon Marginson and Richard James (éd.), Education, Science and Public Policy. Ideas for an Education Revolution, Melbourne University Press, 2008.
Jennifer Buckingham, Schools of Thought. A Collection of Articles on Education, Centre for Independent Studies, 2009.
Sources de l'article
The Australian Literary Review
La France parmi les champions de l’inégalité scolaire
Son rang médiocre dans le « hit-parade des systèmes d’éducation » (17e sur 29 pays de l’OCDE en compréhension de l’écrit, 18e sur 30 en mathématiques et 19e sur 30 en culture scientifique) ne fait pas grand sens à leurs yeux : le peu d’écart qui sépare la France des autres pays développés et la marge d’erreur signalée par l’enquête elle-même rendent « absurde tout classement univoque des pays participants sur une échelle de compétence commune ». L’intérêt réside plutôt dans la dispersion des résultats au sein de chaque pays. Les deux sociologues constatent que « l’essentiel des difficultés de l’école en France se situe en bas de la pyramide scolaire ».
« Dans chaque pays, on peut comptabiliser les élèves dont les épreuves Pisa ont révélé le niveau faible (niveau 1) ou très faible (inférieur au niveau 1) », précisent-ils. La mesure donne selon eux une bonne idée du « volume de “l’échec scolaire” » du pays concerné. Celui de la France leur semble « impressionnant » dans les trois domaines évalués par Pisa : 21,1 % des jeunes ne dépassent pas le niveau 1 en culture scientifique, 22,3 % en mathématiques et 21,8 % en compréhension de l’écrit. En Australie, ils sont respectivement 12,8 %, 13 % et 13,4 % à ne pas franchir le premier niveau. Une situation dommageable à l’ensemble du système scolaire : « Dans chaque pays de l’OCDE, rappellent-ils, le volume de l’élite scolaire est inversement proportionnel au volume de l’échec scolaire. »
L’école française serait aussi de celles qui corrigent le moins les inégalités de départ. « Le poids de l’origine sociale des élèves sur leurs performances est près de deux fois plus fort en France qu’en Islande, en Finlande ou en Corée du Sud », écrivent Baudelot et Establet. Et de produire l’écart de points obtenus à l’enquête Pisa entre le quart des élèves le plus favorisé et le quart le moins favorisé de chaque pays : la France, avec un écart de 122 points en culture scientifique, 112 en compréhension de l’écrit et 115 en mathématiques, se situe en queue de peloton. En comparaison, l’Australie affiche des écarts de 88, 83 et 79 points.
• On peut consulter l’analyse des résultats et les données de Pisa 2006 sur le site de l’OCDE www.oecd.org




























Se servir des études de Baudelot et Establet pour établir une critique de l'enseignement en France revient à utiliser Althusser pour critiquer la politique économique. Dans le grand n'importe quoi de l'analyse de l'enseignement, les deux hommes se sont particulièrement distingués avec des titres aussi fameux (et fumeux) que L'école capitaliste en France et Le niveau monte. Quant à Pisa, QCM australien on peut en dire du bien mais surtout beaucoup de mal tant cette forme de contrôle des connaissances n'est pas la nôtre. Le poids de l'origine sociale ne doit pas être une excuse à la dérive de l'enseignement en France, dérive à laquelle les deux compères cités plus haut ne sont pas étrangers.