Société & politique

Mardi 23 février 2010

Numéro 12

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Guerre scolaire en Australie

Pourquoi tant d’inégalités entre les écoles ? Le milieu social est-il déterminant ? Faut-il beaucoup mieux payer les enseignants ? Les recruter parmi les plus brillants éléments de l’université ? Accorder à tous les parents le choix de l’école ? Décentraliser ? Évaluer publiquement les établissements ? Organiser un retour à la pédagogie « scolaire », au vieux sens du terme ? Tout cela à la fois ? Ces questions, on se les pose aux antipodes…

Le Livre

Un espoir radical. Éducation et égalité en Australie
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L’avocat Noel Pearson est l’un des militants aborigènes les plus en vue d’Australie. En 2004, il a fondé un influent institut, qui a mis sur pied des programmes en faveur de l’éducation des jeunes du Cap York. Ses positions, comme la dénonciation des effets pervers des aides publiques aux Aborigènes, nourrissent souvent la controverse.

par Noel Pearson

Black Inc

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Un matin de janvier 1800, un être mystérieux surgit des bois, dans l’Aveyron. De la taille d’un garçon de 12 ans, une chemise déchirée pour tout vêtement, cette étrange créature semblait indifférente au froid hivernal et inconsciente de sa nudité. Elle grognait mais ne parlait pas et mangeait voracement, tirant les pommes de terre du feu à mains nues. Pour des raisons évidentes, on l’appela l’« enfant sauvage de l’Aveyron ».

En pleine époque des Lumières, sa découverte nourrit une polémique considérable parmi les philosophes et les éducateurs. Était-ce un exemple du « bon sauvage » de Rousseau, non corrompu par les contraintes sociales qui avaient étouffé l’Europe des siècles durant ? Le garçon allait-il apprendre à parler et se prendre en charge à mesure que ses talents innés se révéleraient, comme l’Émile de Rousseau ? Ou, pour suivre John Locke, était-il une page blanche attendant d’être écrite par un enseignement de qualité et une pédagogie intelligente ?

La flamme de l’enseignement inspiré brille toujours à Hollywood

Jean Marc Gaspard Itard, un médecin parisien, entreprit de répondre à ces questions. Il adopta l’enfant et le baptisa Victor. Avec patience et persévérance, il s’employa à le civiliser, en usant de méthodes qu’il jugeait progressistes. Il conçut des jeux pour l’encourager à « découvrir » comment lir (...)

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Commentaires
  • Se servir des études de Baudelot et Establet pour établir une critique de l'enseignement en France revient à utiliser Althusser pour critiquer la politique économique. Dans le grand n'importe quoi de l'analyse de l'enseignement, les deux hommes se sont particulièrement distingués avec des titres aussi fameux (et fumeux) que L'école capitaliste en France et Le niveau monte. Quant à Pisa, QCM australien on peut en dire du bien mais surtout beaucoup de mal tant cette forme de contrôle des connaissances n'est pas la nôtre. Le poids de l'origine sociale ne doit pas être une excuse à la dérive de l'enseignement en France, dérive à laquelle les deux compères cités plus haut ne sont pas étrangers.

    Rédigé par : Pascal Gonthier le 19/04/2010

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Notes
1| Ce que nous savons aujourd’hui du cas de Victor de l’Aveyron conduit en effet à penser qu’il était impossible de soigner l’autisme de l’enfant.

2| L’argument est développé dans Outliers, Little Brown, 2009. Traduit en français par l’éditeur québécois Tanscontinental, sous le titre Les Prodiges. Sur ce sujet, lire Books, n°8, septembre 2009 « Le secret des réussites hors normes ».
Bibliographie

Christian Baudelot et Roger Establet, L’Élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons, Seuil, 2009. Les deux sociologues, connus notamment pour leur livre Le niveau monte, en 1989, ont passé au crible les résultats de la France dans l’enquête PISA.

François Dubet, Les places et les chances, Seuil, 2010. ?Un livre stimulant, qui s’insurge contre la nature inégalitaire de l’école française.

Éric Maurin, La Nouvelle Question scolaire, Seuil, 2007. À rebours des complaintes sur la massification de l’enseignement, le regard d’un économiste sur les effets bénéfiques de la démocratisation scolaire.


Autres livres évoqués dans cet article

Charles Dickens, Nicolas Nickleby, in Oliver Twist. Suivi de Nicolas Nickleby et Un chant de Noël, Omnibus, 2005.

Helen Hughes, Lands of Shame. Aboriginal and Torres Strait Islander “Homelands” in Transition, Centre for Independent Studies, 2007.

Simon Marginson and Richard James (éd.), Education, Science and Public Policy. Ideas for an Education Revolution, Melbourne University Press, 2008.

Jennifer Buckingham, Schools of Thought. A Collection of Articles on Education, Centre for Independent Studies, 2009.
Sources de l'article

The Australian Literary Review

La France parmi les champions de l’inégalité scolaire

Réalisée sur un échantillon de jeunes de 15 ans dans les pays membres de l’OCDE et certains de ses partenaires, l’enquête Pisa vise à évaluer « l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire ». Accusée par certains spécialistes d’induire des biais méthodologiques ou d’ordre culturel, elle est saluée pour sa qualité globale par les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, qui travaillent depuis des années sur les inégalités scolaires. Leur livre L’Élitisme républicain passe au crible les résultats de la France à l’enquête de 2006.

Son rang médiocre dans le « hit-parade des systèmes d’éducation » (17e sur 29 pays de l’OCDE en compréhension de l’écrit, 18e sur 30 en mathématiques et 19e sur 30 en culture scientifique) ne fait pas grand sens à leurs yeux : le peu d’écart qui sépare la France des autres pays développés et la marge d’erreur signalée par l’enquête elle-même rendent « absurde tout classement univoque des pays participants sur une échelle de compétence commune ». L’intérêt réside plutôt dans la dispersion des résultats au sein de chaque pays. Les deux sociologues constatent que « l’essentiel des difficultés de l’école en France se situe en bas de la pyramide scolaire ».

« Dans chaque pays, on peut comptabiliser les élèves dont les épreuves Pisa ont révélé le niveau faible (niveau 1) ou très faible (inférieur au niveau 1) », précisent-ils. La mesure donne selon eux une bonne idée du « volume de “l’échec scolaire” » du pays concerné. Celui de la France leur semble « impressionnant » dans les trois domaines évalués par Pisa : 21,1 % des jeunes ne dépassent pas le niveau 1 en culture scientifique, 22,3 % en mathématiques et 21,8 % en compréhension de l’écrit. En Australie, ils sont respectivement 12,8 %, 13 % et 13,4 % à ne pas franchir le premier niveau. Une situation dommageable à l’ensemble du système scolaire : « Dans chaque pays de l’OCDE, rappellent-ils, le volume de l’élite scolaire est inversement proportionnel au volume de l’échec scolaire. »

L’école française serait aussi de celles qui corrigent le moins les inégalités de départ. « Le poids de l’origine sociale des élèves sur leurs performances est près de deux fois plus fort en France qu’en Islande, en Finlande ou en Corée du Sud », écrivent Baudelot et Establet. Et de produire l’écart de points obtenus à l’enquête Pisa entre le quart des élèves le plus favorisé et le quart le moins favorisé de chaque pays : la France, avec un écart de 122 points en culture scientifique, 112 en compréhension de l’écrit et 115 en mathématiques, se situe en queue de peloton. En comparaison, l’Australie affiche des écarts de 88, 83 et 79 points.


• On peut consulter l’analyse des résultats et les données de Pisa 2006 sur le site de l’OCDE www.oecd.org

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L'auteur de l'article

Steven Schwartz

Psychologue de formation, l’Australien Steven Schwartz est recteur de l’université Macquarie, de Sydney. Intellectuel controversé, il est pour les uns un précieux réformateur de l’enseignement, pour les autres un fossoyeur : on l’accuse volontiers de « traiter les universités comme le dernier bastion du socialisme, pour les transformer en University Inc. », écrivait le quotidien de centre gauche Sydney Morning Herald, peu après sa nomination à Macquarie, en 2005.

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