Société & politique

Mercredi 26 novembre 2008

Numero 1

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La démocratie Berlusconique

Monstrueuse aberration, ou révélateur d’une évolution largement partagée ? En fuyant les idées reçues sur la culture politique italienne, on voit mieux les Berlusconi qui nous entourent.

Le Livre

L’ombra del potere
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David Lane est correspondant de The Economist en Italie depuis 1994.

par David Lane

Laterza

Avec son second gouvernement, Silvio Berlusconi a battu tous les records de longévité depuis la naissance de la République italienne en 1946 (1). La plupart des observateurs ont alors pronostiqué – ou craint – l’avènement d’un « régime » berlusconien, appelé à durer et capable de transformer en profondeur le système politique du pays. Le « berlusconisme » fait couler beaucoup d’encre, la signification donnée au mot variant fort d’un auteur à l’autre, voire chez un même auteur. On entend par « berlusconisme » une forme nouvelle de populisme, fondée sur la puissance de l’argent et des médias, et éclaboussée par le conflit d’intérêts ; une nouvelle forme de manipulation de l’adhésion populaire via la création d’une organisation partisane originale, sans précédent dans l’histoire [Forza Italia] ; un théâtralisme exceptionnel de la part d’un homme doté d’un pouvoir personnel supérieur à celui de tout autre dirigeant de l’histoire de la République. Parfois, le mot évoque une métamorphose structurelle du système politique italien, le début d’une ère où les vieilles règles seraient bouleversées (2). Au point, peut-être, de falsifier la démocratie et la faire dériver vers des formes d’autoritarisme fasciste. Mais qui est Silvio Berlusconi ? Depuis qu’il est passé du statut d’entrepreneur tout court à celui d’entrepreneur politique, le personnage divise l’Italie, rappelant les déb (...)

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Commentaires
Notes

1| Cet article date de juin 2005. Silvio Berlusconi a été président du Conseil une première fois en 1994-1995, pendant sept mois. Revenu au pouvoir en 2001, il y est resté jusqu’en 2006 : une longévité record dans l’histoire d’une République italienne qui avait vu défiler 57 gouvernements en 58 ans. Berlusconi a de nouveau remporté les élections législatives en avril 2008.


2| Les « vieilles règles » en question sont celles de la Ire République italienne, dominée par la toute-puissante démocratie chrétienne, qui faisait et défaisait les gouvernements au gré de ses humeurs et de ses alliances. Ce système a implosé entre 1992 et 1994, à la suite des enquêtes judiciaires (Mani Pulite) et de l’introduction du scrutin majoritaire.


3| La Grande-Bretagne et la France sont constituées, sous la forme d’un État-nation parlementaire et ans leurs contours géographiques actuels, au XVIIIe siècle. L’Allemagne et l’Italie au XIXe siècle. (Ndlr)


4| Le « familialisme amoral » est une expression forgée par le sociologue américain Edward Banfield dans les années 1950 pour désigner le comportement qui privilégie les intérêts de la famille dans les sociétés méditerranéennes. (Ndlr)

Bibliographie
Livres en français

Jean-Louis Briquet, Mafia, justice et politique en Italie, Karthala, 2007.

Éric Jozsef, Italie, les années Cavaliere. De Berlusconi à Berlusconi, Éditions
du Cygne, 2008.

Marc Lazar, L’Italie à la dérive. Le moment Berlusconi, Perrin, 2006.

Hugues Portelli, L’Italie de Berlusconi, Buchet-Chastel, 2006.

Livres dans d’autres langues


Ivo Diamanti, Bianco, rosso, verde et azzurro. Mappe della nueva Italia politica, Il Mulino, 2003 (italien).

Michael Shin, John Agnew, Berlusconi’s Italy. Mapping contemporary Italian politics, Temple University Press, 2008 (anglais).

Alexander Stille, Citizen Berlusconi, Beck, 2005 (allemand).
Sources de l'article

La Rivista dei Libri

Créé en 1991 à Florence, ce mensuel est une version italienne de la New York Review of Books. Le journal propose une sélection de traductions d’articles initialement parus dans la New York Review of Books ainsi que plusieurs articles originaux italiens, rédigés par les meilleurs spécialistes dans des domaines aussi variés que les sciences politiques, la philosophie, l’histoire de l’art et des sciences ou la critique littéraire.

Repères

1848. Fin de la guerre entre les États-Unis et le Mexique. Le Mexique, vaincu, cède aux Etats-Unis tous ses territoires au nord du Rio Grande (Texas, Californie, Utah, Nevada, Arizona, Nouveau-Mexique et une partie du Colorado). Les Mexicains vivant sur ces terres deviennent citoyens américains.

1898. Guerre américano-espagnole. L’Espagne reconnaît l’indépendance de Cuba et cède Porto Rico aux États-Unis.

1910. Révolution mexicaine et début
de la guerre civile. 219 000 Mexicains s’exilent aux États-Unis.

1917. Loi Jones. Les Portoricains deviennent citoyens américains. 35 000 d’entre eux s’installent à New York.

1920-1930. Durant cette période d’expansion, 459 000 Mexicains émigrent légalement aux États-Unis.

1942. Entrée en guerre des États-Unis. Mise en place du programme Bracero (de brazo, bras), qui sera maintenu jusqu’en 1964. 4,6 millions de braceros latino-américains viendront renforcer la main-d’œuvre américaine.

1945-1960. 30 000 à 45 000 Portoricains s’installent chaque année aux États-Unis.

1959. Révolution cubaine. 250 000 réfugiés politiques débarquent à Miami.

1961. Chute de Rafael Trujillo en République dominicaine. Début
de la grande migration dominicaine.

1965-1973. Fidel Castro autorise 300 000 Cubains à rejoindre leurs parents aux États-Unis.

1980. Le régime castriste laisse partir 125 000 Cubains vers la Floride.

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L'auteur de l'article

Federico Rampini

federico-rampini.jpg Federico Rampini est éditorialiste et correspondant de La Repubblica à Pékin. Professeur aux universités de Berkeley et Shanghai, il a publié de nombreux livres, dont Effet euro. Capitalisme italien, modele européen, défi américain (Longanesi,2002), Les Peurs de l’Amérique (Laterza, 2003), Le Siècle chinois (Mondadori, 2005), traduit en français sous le titre L’Ombre de Mao (Robert Laffont, 2008).

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