Société & politique

Jeudi 03 Mai 2012

Numéro 32

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

L’édifiante histoire de la scientologie

Comment un auteur de SF mégalomane transforma une officine de thérapie spirituelle en une Église à la mythologie hallucinée et à l’organisation paranoïaque, se battit efficacement contre le fisc américain et recruta des vedettes aussi connues que Tom Cruise et John Travolta.

Le Livre

L'Eglise de scientologie
the-church-of-scientology-a-history-of-a-new-religion

Spécialiste de l’histoire des religions, Hugh B. Urban est professeur à l’université d’État d’Ohio. Ses deux principaux domaines de recherche sont les spiritualités d’Asie du Sud, et les mouvements religieux contemporains. Il est l’auteur de nombreux livres, en particulier sur le tantrisme. Aucun n’est traduit en français.

par Hugh Urban

Princeton University Press

Acheter ce livre en ligne

u1504827

C’est l’étude empirique qui a conduit L. Ron Hubbard aux principes fondateurs de la scientologie. Jamais il n’a déclaré avoir eu la moindre révélation. Il a énoncé ses préceptes en 1950 dans La Dianétique, manuel de développement personnel à grand succès, où il présentait la rationalité comme un droit de naissance de l’humanité (1). L’esprit est un ordinateur parfait, y expliquait-il, corrompu par des « données inexactes ». Il exhortait ses lecteurs à méditer sur leur existence en se demandant : « Où est l’erreur ? » Avec l’aide d’un thérapeute amateur, appelé « auditeur », ils pouvaient mettre au jour les traumatismes de l’enfance – une mère ayant tenté d’avorter ou de mœurs trop légères – et devenir moins irrationnels : « La plupart des choses dont Freud avait soupçonné l’existence, comme la “vie dans la matrice”, le “traumatisme de la naissance”, nous les avons confirmées dans la dianétique. »

Hubbard soulignait alors que les principes de sa méthode n’avaient rien à voir avec «  (...)

Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 9€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous

Commentaires
  • Je suis vraiment mal à l'aise que Books donne une vitrine inconditionnelle, dépourvue de toute nuance et comparaison avec d'autres points de vue, sur un ouvrage et une revue de cet ouvrage manifestement tous les deux plus militants qu'analytiques sur le sujet de la Scientologie. Comment peut-on être autant de parti pris sur un sujet si controversé et dont l'image que l'on voudrait donner via des campagnes de presse systématiques et arrogantes diffère tant de celle que l'on a lorsque l'on rencontre des Scientologues, que l'on visite leurs églises, ou que l'on lit un ouvrage de Ron Hubbard. Les recherches de Ron Hubard sur le mental et comportement humain sont consignées dans une centaine de livres et plus de 3000 conférences enregistrées. L'étude pas à pas des percées effectuées lors de ce travail à la fois théorique et clinique demande environ trois ans à un étudiant rapide, dont la compréhension du comportement humain est alors non seulement d'ordre intellectuel, mais aussi pratique. Ron Hubbard a publié des oeuvres de fiction pour financer ses recherches. Il est un des rares scientifiques dont les recherches ont été autofinancées. Un conseiller d'un centre de documentation de Hambourg sur le national-socialisme s'est exprimé lors de l'inauguration d'une nouvelle Eglise de Scientologie dans sa ville " Il y a des années, j'ai été amené à rencontrer les membres de l'Eglise de Scientologie au sein de la Commission des Citoyens pour les Droits de l'Homme. J'ai été témoin de leur travail exemplaire et courageux. J'admire les efforts de l'Eglise et de ses membres pour rétablir la place des droits de l'homme dans le monde. Votre engagement pour rétablir les droits de l'homme au sein de la psychiatrie est exemplaire. C'est particulièrement important en Allemagne, le berceau de la psychiatrie. Je vous souhaite de réussir dans votre ambition de faire prévaloir les droits et de préserver la dignité de l'homme." Est-ce cela que Mme Aviv, spécialiste des questions de santé mentale n’apprécie pas ?

    Rédigé par : Maryvonne LEGOUX le 28/05/2012

  • Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic

Notes

1| Traduit en français en 2007 chez Golden Era Production.

2| « A cure for all ills », The Nation, 5 août 1950.

3| Bridge Publications, 1973. Non traduit.

4| Dans un courrier à la London Review of Books, suite à la publication de cet article, un lecteur précise : « Rachel Aviv cite Juliette Lewis parmi les célébrités qui ont soi-disant été “recrutées” par l’Église. Si Lewis est bien scientologue, elle n’a pas été recrutée. Son père et sa mère sont tous deux scientologues et, comme ses frères et sœurs, elle a reçu une éducation scientologue. Être élevée dans une religion, ce n’est pas la même chose que de faire l’expérience de la conversion ou, si vous voulez, du recrutement. »

5| La scientologie française utilise sans le traduire l’anglais suppressive, qui signifie littéralement « répressif ».

6| Selon l’American Religious Identification Survey, 45?000 Américains se disaient scientologues en 1990, et 55?000 en 2001. Mais, en 2008, le chiffre était tombé à 25?000. En France, l’Église compterait 300 membres à plein temps, conseillant 40?000 à 50?000 personnes par an. Mais rien ne permet d’attester ces chiffres. Tout cela est loin des 12 millions de membres que l’Église revendique à travers le monde.

Bibliographie

Thierry Lamotte, La Scientologie déchiffrée par la psychanalyse, Presses universitaires du Mirail, 2011. La scientologie, considérée comme le produit du système délirant construit par son fondateur. Par un psychologue clinicien, chargé d’enseignement à l’université Toulouse-Le Mirail.

Sources de l'article

London Review of Books

Ce bimensuel britannique a été créé en 1979. La LRB fut dans ses six premiers mois d’existence un supplément de la prestigieuse New York review of Books. Mais, depuis mai 1980, elle vole de ses propres ailes. Sa diffusion atteint 45 000 exemplaires.

Tous les livres

L'auteur de l'article

Rachel Aviv

rachel-aviv

 

Rachel Aviv est une journaliste et auteure américaine, spécialiste des questions de santé mentale. Elle collabore à de nombreux magazines, parmi lesquels The Nation, le New Yorker, Harper’s et le Village Voice.

Blog

Tous les blogs