Le mirage des urnes africaines
Quel est l’intérêt d’aller promouvoir et contrôler des élections dans un pays pauvre, si celui-ci n’est pas mûr pour la démocratie ?
Le Livre
Guerres, armes et bulletins de vote. La démocratie en zone dangereuse
par Paul Collier
The Bodley Head
© Gary Knight/VII
Dans un isoloir, à Kinshasa, en 2006. Les Occidentaux font des élections le remède miracle à toutes les situations de conflit. Pas si simple, souligne Paul Collier.
Peut-on exporter la démocratie ? S’il s’agit de forcer par les bombes la route qui mène aux urnes, la réponse quasi unanime, au regard du désastre irakien, est : « non ». Après la catastrophique politique extérieure de Bush, les velléités d’intervention militaire au nom d’objectifs louables – par exemple, destituer un méchant dictateur – ont été enterrées. Mais il existe une forme plus molle d’ingérence démocratique, largement pratiquée à l’échelle internationale : les missions d’observation électorale menées par des institutions telles que l’Union européenne et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Leur vocation : offrir aide et soutien aux jeunes démocraties, mais aussi évaluer la crédibilité des gages politiques donnés par leurs gouvernements. Un jeu auquel les dirigeants se prêtent en échange de la légitimation internationale, et des aides qui en découlent.
De cela, on parle peu. Les reportages publiés à l’occasion des élections en Afrique ou dans les Balkans, par exemple, ne mentionnent que brièvement le verdict des « observateurs internationaux », positif dans la plupart des cas ; il n’y a généralement pas d’observateurs là où la situation est réellement délicate. Ces missions intéressent encore moins les hommes politiques occidentaux, à l’exception des membres du Parlement européen qui y participent.
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Notes
1| Des élections générales doivent se dérouler dans ce pays en avril 2010, avant un référendum sur l’autonomie du Sud-Soudan en 2011, conformément à l’accord de paix qui a mis un terme à la guerre civile entre le Nord et le Sud, en 2005.
2| D’abord favorable, dans les années 1990, à une organisation qu’elle voyait comme un contrepoids à l’OTAN, la Russie perçoit désormais l’OSCE comme un instrument d’ingérence dans ses affaires intérieures. Moscou a clairement manifesté son hostilité en contraignant la mission de l’OSCE en Ossétie du Sud à se retirer en décembre 2008.
Bibliographie
En français
Guy Hermet, Exporter la démocratie??, Presses de Sciences Po, 2008.
Richard Banégas, La Démocratie à pas de caméléon, Karthala, 2006.
En anglais
Thomas Carothers, Critical Mission. Essays on Democracy Promotion , Carnegie Endowment for International Peace, 2004.
Frederic Charles Schaffer (éd.), Elections for Sale. The Causes and Consequences of Vote Buying, Lynne Rienner, 2007.
Sources de l'article
L’Indice dei libri del mese








Née en Colombie d’un père espagnol et d’une mère britannique, Tana de Zulueta est une journaliste et femme politique… italienne. Cette ancienne députée verte, qui a participé à plusieurs missions d’observation électorale pour le compte de l’OSCE, de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, a collaboré à plusieurs journaux italiens et britanniques, notamment The Economist et le Sunday Times (elle parle parfaitement l’anglais, tout comme l’italien, l’espagnol et même le français). Ces derniers temps, on retrouve sa signature surtout dans le Guardian. 




















