Société & politique

Jeudi 29 janvier 2009

Numéro 2

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

Le mythe de la France profonde

Loin d’être la nation éternelle qu’elle se prétend parfois, la France est un pays d’invention fort récente. Voyage au cœur de ces microcivilisations qui nous ont faits.

Le Livre

La découverte de la France
france.jpg

Spécialiste du XIXe siècle français, le Britannique Graham Robb est un habitué des pages de Books, aussi bien pour ses articles que pour les ouvrages – toujours savoureux et érudits – qu’il consacre à l’Hexagone. Parmi eux, citons Une histoire buissonnière de la France, paru cette année chez Flammarion, et Une histoire de Paris par ceux qui l’ont fait, publié par le même éditeur en 2010.

par Graham Robb

Picador

Comme le souligne Graham Robb, la « découverte » de la France – par ses hommes politiques, ses bureaucrates, ses cartographes, ses statisticiens, ses ingénieurs, ses folkloristes, ses touristes et, jusqu’à une date relativement récente, ses habitants, dans les rares cas où ils s’aventuraient loin de leur clocher – aboutit presque invariablement au troc d’un ensemble d’illusions ou préjugés contre un autre. Auteur de superbes biographies de Balzac, Hugo et Rimbaud, Robb est comme un poisson dans l’eau du XIXe siècle ; mais il ne partage pas la foi aveugle de l’époque dans le progrès, ni la vision parisianiste de ceux qui, tel Baudelaire, s’opposaient aux conventions de leur temps. Par moments, The Discovery of France a donc des allures de jeu intellectuel, où le lecteur se plaît à imaginer le visage qu’aurait eu le pays si Paris n’avait pas existé.
Robb nous présente tout d’abord une France qui, à certains égards, n’a guère changé depuis l’Antiquité romaine. Jusque très avant dans le XIXe siècle, il s’agit moins d’une nation que d’un ensemble de tribus habitant un immense espace apparemment vide et parlant une multitude de langues totalement étrangères les unes aux autres. Bien que les choses aient commencé de bouger, à partir de 1789, l’uniformité n’était encore guère de mise.

L’assassinat d’un géomètre

Le livre s’ouvre sur une de ces scènes saisissantes que nous off (...)

Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 6,5€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous

Commentaires
  • crédit épuisé?? je n'ai consulté aucun article...

    Rédigé par : hopârtean andreea le 29/12/2010

  • Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic

Notes

1| Cette phrase est extraite d’un passage des Caractères de La Bruyère : « L’on voit certains animaux farouches, des mâles, et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides, et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible. »

2| Les cagots n’étaient pas autorisés à s’asseoir au sein de l’assemblée principale à l’église et se voyaient donner l’hostie du bout d’un bâton. Certaines églises leur réservaient une entrée séparée. Ils n’étaient pas autorisés à marcher pieds nus en public ou à toucher le parapet d’un pont à mains nues.

3| La France comptait alors environ 26 millions d’habitants.

4| Jean-Marie Déguignet, Mémoires d’un paysan bas-breton, Pocket, 2001.

5| Cet agriculteur et agronome britannique est célèbre pour son Voyage en France, paru en 1792, qui fourmille d’informations sur la France rurale.

6| La corvée royale est un impôt mis en place sous Louis XV pour financer la construction et l’entretien des routes (payable parfois en travail, parfois en argent).

Bibliographie

Fernand Braudel, L’Identité de la France, Flammarion, 1999.

Claude Nicolet, La Fabrique d’une nation. La France entre Rome et les Germains, Perrin, 2006.

Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, Gallimard, 1997.

Anne-Marie Thiesse, Écrire la France, PUF, 1991.

Eugen Weber, Ma France, Fayard, 1991.

Sources de l'article

London Review of Books

Ce bimensuel britannique a été créé en 1979. La LRB fut dans ses six premiers mois d’existence un supplément de la prestigieuse New York review of Books. Mais, depuis mai 1980, elle vole de ses propres ailes. Sa diffusion atteint 45 000 exemplaires.

Tous les livres

Le Blog de Books

Tous les blogs

L'auteur de l'article

Michael Sheringham

Michael Sheringham enseigne la littérature française à Oxford. Connu pour ses travaux sur André Breton et le surréalisme, il a notamment écrit Everyday Life. Theories and Practices from Surrealism to the Present (« Le quotidien. Théories et pratiques du surréalisme à nos jours »).

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays