Société & politique

Jeudi 29 janvier 2009

Numéro 2

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Le suicide du Zimbabwe

Comment la « perle » de l’Afrique a-t-elle pu devenir  ce pays maudit, ravagé par la tyrannie, la faim, le sida, et maintenant le choléra ?  En négligeant de soigner ses blessures originelles, disent ses écrivains.

Le Livre

Quand un crocodile mange le soleil
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Peter Godwin est journaliste et a couvert d’innombrables conflits pour les plus grands médias du monde entier.  Il vit à New York, où il enseigne les questions internationales à l’université de Columbia, mais il est né et a grandi au Zimbabwe.

par Peter Godwin

Little, Brown and Company

Autrefois, on surnommait le Zimbabwe la « perle de l’Afrique », pour reprendre l’expression utilisée par Samora Machel, le président du Mozambique, lors de l’indépendance, en 1980. Deuxième pays le plus industrialisé du continent, l’ancienne Rhodésie du Sud disposait d’infrastructures de qualité, à commencer par son réseau routier et ferroviaire (« Vous avez de la chance d’avoir eu les Britanniques », déclara un autre leader mozambicain) ; d’une population dynamique, bourrée de talent et avide de connaissances ; et d’un embryon de démocratie, avec une presse relativement libre et un système judiciaire digne de ce nom 1. Les problèmes, bien sûr, étaient considérables : il fallait se remettre de plus d’une décennie de guerre civile particulièrement atroce, et d’immenses inégalités opposaient les Blancs aux Noirs en termes de richesse, d’éducation, de qualification et de propriété de la terre. Mais le Zimbabwe n’avait pas seulement eu historiquement une certaine chance ; sa nature, aussi, était bénie : un pays magnifique, regorgeant de matières premières, et extraordinairement fertile.
Ses immenses exploitations agricoles étaient modernes, habilement irriguées et passionnément entretenues ; elles produisaient – et les exportaient généralement – des fruits, des fleurs, des cacahuètes, des céréales, du tabac, du coton, du café, des volailles, des porcs, et l’une des meilleures viandes de bœuf au (...)

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Commentaires
  • Votre revue est d'une grande qualité, la maquette et la mise en page très réussies donnent envie de lire tous les textes.

    Rédigé par : Jean-Pierre OUVRARD le 04/03/2009

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Notes

1| Les frontières actuelles du Zimbabwe datent de la fin du XIXe siècle, quand la Compagnie britannique d’Afrique du Sud, sous la houlette de Cecil Rhodes, a fondé Salisbury, la future Harare (capitale du pays). Elle délimite alors la Rhodésie du Sud, qui obtiendra de la métropole un statut de colonie autonome en 1923. Dans les années 1930, une politique d’apartheid est mise en place, sur le modèle sud-africain.

2| En 1983, Robert Mugabe déploie au Matabeleland sa cinquième brigade,

force spéciale formée par des Nord-Coréens, qui réprime brutalement les Ndebele, l’ethnie de Joshua Nkomo, leader de la ZAPU (Union du peuple africain du Zimbabwe), mouvement concurrent de celui de Mugabe, la ZANU (Union nationale africaine du Zimbabwe).

3| Ian Smith fut Premier ministre de la Rhodésie de 1964 à 1979.

Bibliographie

Heidi Holland, Dinner with Mugabe, Penguin Books Australia, 2008.

Martin Meredith, Mugabe. Power, Plunder and the Struggle for Zimbabwe, Public Affairs, 2007.

Sources de l'article

Dissent

Dissent est une revue trimestrielle américaine traitant de sujets politiques, géopolitiques, économiques et culturels. Fondée en 1954, et dirigée par le philosophe Michael Walzer, elle revendique son appartenance à la gauche intellectuelle américaine et  se prévaut d’un de son sens critique, prétendant à une totale liberté de pensée. Dissent est diffusée à 9 000 exemplaires.

Autres livres évoqués dans cet article

Alexandra Fuller, Larmes de pierre. Une enfance africaine, Calmann-Lévy, 2002.

Peter Godwin, Mukiwa. A White Boy in Africa (« Mukiwa. Un garçon blanc en Afrique», non disponible en français), Grove Press, 1996.

Doris Lessing, Rire d’Afrique. Voyages au Zimbabwe, Albin Michel, 1995.

Yvonne Vera, Les Vierges de pierre, Fayard, 2003.

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L'auteur de l'article

Susie Linfield

Susie Linfield est l’une des grandes plumes du journalisme culturel américain. Elle collabore à d’innombrables publications, dont Dissent, The New York Times et The New Yorker. Enseignante à l’Institut de journalisme de l’université de New York, elle prépare un livre sur le photo-journalisme de la violence.

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