Société & politique

Lundi 26 avril 2010

Numéro 13

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Les vertus cachées des bidonvilles (suite)

Le Livre

Le Défi des bidonvilles. Rapport mondial sur les établissements humains
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ONU-Habitat est le programme des Nations unies pour les établissements humains. Chargé de l’amélioration de l’environnement, il a notamment pour vocation d’aider les citadins pauvres en favorisant la prise en compte de leurs besoins par les villes.

par ONU- Habitat

ONU-Habitat

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( => Début de l'article) Six mille tonnes de déchets sont triées chaque jour. En 2007, The Economist rapportait pour sa part : des « multitudes de récupérateurs passent au crible les ordures des rues de Hanoï, de même que les enfants mozambicains récupèrent ce qu’ils peuvent dans la principale décharge de Maputo. Chaque ville d’Asie et d’Amérique latine possède une activité de ramassage des vieilles boîtes de carton ». Il existe même un livre sur le sujet : The World’s Scavengers (« Les éboueurs du monde »), de Martin Medina. Considérée comme la ville la plus chaotique de la planète, Lagos, au Nigeria, observe une « journée de l’environnement » le dernier samedi de chaque mois. Entre sept et dix heures du matin, aucune voiture ne circule, et la ville fait sa toilette.

New York, le lieu le plus vert des Etats-Unis


Dans son article de 1985, Calthorpe avait formulé une opinion qui continue d’en agacer plus d’un : « La ville est la forme d’établissement humain la plus bénigne pour l’environnement. Chaque citadin consomme moins de terre, d’énergie, d’eau, et pollue moins que l’habitant de lieux de plus faible densité. » En 2004, David Owen publiait à l’avenant, dans le New Yorker, un article au titre explosif : « G (...)

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Notes
2| Aussi connu sous le nom de « locavorisme », ce mouvement prône la consommation d’aliments produits dans un rayon de 160 km. Notamment par souci d’économie d’énergie : aux États-Unis, la distance moyenne parcourue par les aliments est de 2?400 km.

3| Michael L. Rosenzweig, professeur d’écologie à l’université d’Arizona, propose une « écologie de la réconciliation » pour harmoniser les rapports des hommes avec les écosystèmes : les aménagements (villes, routes, etc.) doivent être conçus pour favoriser la biodiversité.
Bibliographie
Julien Damon (dir.), Vivre en ville, PUF, 2008. Un baromètre de la vie urbaine, fondé sur une enquête de l’Observatoire des modes de vie urbains, destiné à paraître tous les deux ans.

Mike Davis, Le Pire des mondes possibles. De l’explosion urbaine au bidonville global, La Découverte, 2006. Le brûlot du pape du catastrophisme urbain.

Olivier Mongin, La Condition urbaine. La ville à l’heure de la mondialisation, Seuil, 2005. Réflexion du directeur de la revue Esprit sur la nécessité de repenser la ville dans un monde où les flux semblent compter plus que les lieux.

Thierry Paquot, Terre urbaine. Cinq défis pour le devenir urbain de la planète, La Découverte, 2006. La révolution urbaine planétaire analysée sous tous ses aspects par l’un des meilleurs spécialistes français de la question, grand amoureux de la ville.

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, Intouchable Bombay. Le bidonville des travailleurs du cuir, CNRS, 2002. Une exceptionnelle enquête de terrain sur les logiques sociales et économiques à l’œuvre dans le bidonville de Dharavi, à Bombay.
Sources de l'article

Prospect

Le bel avenir des villes

Depuis 2008, pour la première fois de son histoire, l’humanité vit en majorité dans des villes. Et d’ici 25 ans, la planète comptera deux milliards de citadins supplémentaires. Les défis que représente cette explosion urbaine pour les sociétés et pour l’environnement sont si considérables que beaucoup la redoutent. L’urbaniste canadien Jeb Brugmann n’est pas de ceux-là. Son récent ouvrage, Welcome to the Urban Revolution, se veut résolument positif. À ses yeux, les villes offrent aux individus de telles opportunités que l’exode rural est inévitable. Or, derrière l’apparence anarchique du processus, ce sont des systèmes économiques et sociaux performants qui émergent.

Rien n’en témoigne davantage à ses yeux que le bidonville de Dharavi à Bombay : « Dharavi est la pierre de Rosette permettant de comprendre la manière dont fonctionne l’avantage urbain, écrit Brugmann ; sans idées ni plans importés, sans capital étranger, sans régulation gouvernementale, sans schémas d’investissement. Ici, à Dharavi, la logique fondamentale de la construction urbaine se donne à voir à l’état brut ». Avec une concentration humaine qui réduit les coûts de transport, favorise les synergies et les économies d’échelle, Dharavi révèle en quelque sorte l’ADN de l’urbanisation. « On pourrait comparer le phénomène au jazz, souligne Salem Alaton dans la Literary Review of Canada, où les libertés de forme et de structure se combinent pour faire système ».

Fervent admirateur des dynamiques locales et critique passionné de la planification par le haut, Brugmann s’indigne de la manière dont la ville est devenue au fil du temps un produit industriel standardisé. Une ville réussit quand les urbanistes sont à l’écoute des besoins des habitants, martèle-t-il. Et pour cela, la qualité du leadership politique est essentielle.

Mais cette valorisation systématique du local, sans considération pour les valeurs qu’il véhicule, cette confiance en l’alliance vertueuse des mécanismes du marché (dont témoigne l’entreprenariat des bidonvilles) et du leadership politique, laisse Alaton dubitatif : « Lequel d’entre nous peut légitimement se prononcer sur le caractère acceptable des conditions de vie à Dharavi ? »


Jeb Brugmann, Welcome to the Urban Revolution. How Cities are Changing the World (« Bienvenue dans la révolution urbaine. Comment les villes changent le monde »), Viking, 2009.

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L'auteur de l'article

Stewart Brand

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À 72 ans, le biologiste Stewart Brand est l’un des écologistes les plus influents et les plus controversés de la planète. Cette figure du mouvement hippie est notamment connue pour avoir créé le Whole Earth Catalog, célébrissime guide pratique de la vie écologique, publié de manière plus ou moins épisodique jusqu’en 1998. Son dernier livre, Whole Earth Discipline. An Ecopragmatist Manifesto, (« Une discipline de la Terre. Un manifeste écopragmatiste »), bouscule bon nombre d’idées écologistes concernant les OGM, l’énergie nucléaire, la surpopulation et l’urbanisation.

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