Société & politique

Lundi 26 avril 2010

Numéro 13

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« L’Iran est devenu un fragile État mafia »

Loin d’être un régime totalitaire, l’Iran est aux mains d’une clique millénariste de plus en plus isolée, dont le seul soutien est le système de prébendes accordé aux Gardiens de la révolution. Or le pays est au bord de la faillite. Mais l’opposition n’est pas particulièrement attachée aux idéaux démocratiques. L’idéologie primordiale restant le nationalisme, il est concevable qu’un officier sorte du rang et prenne le pouvoir.

Le Livre

L'Iran sous Ahmadinejad. La politique de l'affrontement
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Ali Ansari est professeur d’histoire iranienne et directeur de l’Institut d’études iraniennes de l’université de Saint Andrews, en Écosse. Il est également chercheur associé au Royal Institute for International Affairs de Londres. Il est l’auteur de nombreux livres sur l’Iran, considérés comme des ouvrages de référence, notamment : Islam and Democracy. Aucun n’est traduit en français.

par Ali Ansari

Routledge

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Books : Depuis la réélection très contestée de Mahmoud Ahmadinejad, en juin 2009, l’Iran traverse une crise politique majeure. Comment analysez-vous la nature de l’affrontement en cours ?

Ali Ansari : C’est le fruit d’un rétrécissement catastrophique de la base du pouvoir. Depuis la révolution, la République islamique se revendique d’une double légitimité : la légitimité théocratique, qui s’incarne dans la figure du Guide suprême, l’ayatollah Khamenei ; et la légitimité démocratique, qui s’incarne dans le principe du choix populaire des gouvernants. Ce système dual fait que la République islamique est gouvernée de manière relativement pluraliste, au gré d’un subtil jeu d’équilibre entre les différentes factions en lutte pour le pouvoir [lire « Qui gouverne l’Iran ? », Books, n°3, mars 2009]. Loin d’être le régime totalitaire que certains dépeignent parfois, on peut se représenter le pouvoir iranien comme un groupe d’individus débattant autour d’une table, l’arbitre ultime étant le Guide suprême de la révolution.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad et des ultraconservateurs, le cercle se resserre dangereusement. Ils ont évincé non seulement les réformateurs qui avaient gouverné le pays entre 1997 et 2005 sous la présidence de Mohamed (...)

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Commentaires
Notes
1| Dans le chiisme iranien, il y eut douze imams descendants du Prophète, qui tenaient leur pouvoir de Dieu. Le douzième a disparu en 874. Il s’est « retiré », mais reste vivant pour guider la communauté. C’est l’imam caché, qui reviendra à la fin des temps pour instaurer la justice et la paix.

Bibliographie
Fariba Adelkhah, Iran, Le Cavalier bleu, 2005. Contre les idées reçues.

Thierry Coville, La Révolution invisible, La Découverte, 2007. Le regard d’un économiste sur l’Iran contemporain.

Jean-Pierre Digard, Bernard Hourcade, Yann Richard, L’Iran au XXe siècle. Entre nationalisme, islam et mondialisation, Fayard, 2007. Le livre de référence sur l’histoire iranienne moderne.

Yann Richard, L’Iran de 1800 à nos jours, Flammarion, 2009. Un livre de référence, par un grand spécialiste du chiisme.

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