Société & politique

Mercredi 25 août 2010

Numéro 15

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Présentation - Pourquoi 98 % des Français ont tort

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Publiée en juin 2010, la dernière enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies montre que 85 % des Français sont hostiles à l’idée que le cannabis soit mis en vente libre, « comme le tabac ou l’alcool ». Ils sont encore plus de la moitié à rejeter l’idée que le cannabis soit autorisé « sous certaines conditions ». L’Observatoire n’a pas posé la question de savoir s’ils seraient favorables à la mise en vente libre des drogues dites dures – héroïne, cocaïne, amphétamines – tant la question, apparemment, ne se pose pas, et tant la réponse serait attendue : près de 100 % de non ! Ce que nous expliquons dans ce dossier, c’est que la question se pose, qu’elle est posée sérieusement par des gens sérieux, dont une fraction non négligeable répond par l’affirmative.

Comme souvent hélas ! en démocratie, l’opinion majoritaire est fondée sur une sainte ignorance. Dans son enquête, l’Observatoire ne pose pas la question simple de savoir si les gens sont au courant qu’il existe un pays européen où chacun peut se procurer des stupéfiants et en consommer sans être inquiété par la police et la justice. Bien peu de Français savent qu’un tel pays existe. Il est proche de nous. C’est le Portugal, qui a décriminalisé l’usage de toutes les drogues en 2001. Ce pays a désormais près de dix ans de recul pour juger de l’intérêt de cette mesure. Or le bilan est clairement positif. La consommation de drogues y est désormais l’une des plus faibles d’Europe et se fait dans des conditions sanitaires et psychologiques optimisées (lire « Décriminalisation, mode d'emploi »).

Pour tenter de réfléchir sereinement à ce sujet ô combien passionnel, la voie la plus efficace est d’examiner la situation aux États-Unis et en Amérique latine (lire «Traiter les drogues comme l'alcool » et « La guerre perdue contre la cocaïne »). Les problèmes nés de la prohibition y sont, en effet, tellement monstrueux que les arguments en faveur d’une libéralisation du marché ne peuvent être ignorés de l’observateur de bonne foi. Quels sont-ils ? Le principal résume tous les autres : le coût économique, social et politique de la prohibition dépasse de très loin les bénéfices qu’elle est censée apporter. Malgré l’intensité de la « guerre anti-drogues » menée par les États-Unis sur leur territoire et ailleurs dans le monde depuis des décennies, la consommation dans ce pays n’a pas diminué ; elle s’est « démocratisée », au contraire, les prix ayant baissé. Un demi-million de personnes sont entassées dans les prisons américaines pour n’avoir souvent fait que consommer une substance illicite. Quand ils en sortent, ils vivent en marge de la société. Les cartels de la drogue n’ont jamais été aussi puissants, faisant trembler sur leurs bases les fragiles démocraties latino-américaines. Au Mexique, les têtes coupées roulent sur l’asphalte. Partout, la corruption vérole les polices, les tribunaux et jusqu’aux plus hautes sphères des États.

Il n’est pas bien difficile de comprendre que la prohibition actuelle reproduit l’erreur de celle de l’alcool dans les années 1920, avec des effets décuplés sur le crime local et international, la santé publique et la cohésion sociale. Si l’on ajoute à ce tableau la question de l’Afghanistan, où l’armée américaine et les talibans se disputent de facto le contrôle de l’épicentre de la production de l’héroïne mondiale, on voit aussi que la prohibition contribue à compromettre la paix dans le monde.

Sur ce bilan désastreux, la plupart des experts de bonne foi sont d’accord ; d’accord aussi pour conclure, en bonne logique, à la nécessité d’étudier les moyens d’assouplir les dispositifs répressifs, de libéraliser les conditions d’achat, voire de légaliser complètement le marché. Traiter les drogues comme l’alcool (qui est une drogue dure, ne l’oublions pas), telle est la solution préconisée depuis longtemps par divers économistes (lire «Traiter les drogues comme l'alcool » et « La guerre perdue contre la cocaïne »). L’héroïne, la cocaïne et les amphétamines seraient alors produites par des entreprises privées ayant pignon sur rue, soumises aux procédures de contrôle qualité, et leur commerce serait taxé comme celui de l’alcool ou du tabac. Les acheteurs seraient dûment avertis des effets de ces produits, comme ils le sont pour l’alcool et le tabac, mais ils seraient libres de consommer ou non et ne seraient pas mis au ban de la société. Le pari est que la consommation n’augmenterait pas, même peut-être diminuerait, comme l’exemple portugais le laisse espérer.

Ce faisant, nous reviendrions à la situation qui était celle du monde occidental à la veille de la Première Guerre mondiale, du temps où la notion de drogue illicite n’existait pas (lire « Un étrange renversement de l'histoire »). Il va sans dire que cette solution radicale heurte les meilleurs esprits (lire « ''Ni la prohibition, ni la légalisation ! » ). Mais, au moins, que le débat soit lancé !

Commentaires
  • Ouais la France n'a jamais ete un champion de l'avant-garde en matiere de morale!! On est loin derriere, d'ailleurs meme loin derrriere les USA. 7 etats federaux, dont la californie ou j'habite depuis 12 ans ont legalise le cannabis depuis un bout de temps sur le plan medical. Tout ca etant en fait qu'un ecran de fumé pour tester la legalisation complete de la drogue et voire d'autres drogues dans le futur. En novembre 2010 se deroulera une election pour le congres americain, et comme toute election americaine les electeurs sont amenes a voter sur des propositions de loi. Ces propositions de loi sont une maniere de contourner les parlements (congres) a chaque niveau. En particuliers les californiens seront amenes a voter sur la legalisation complete du cannabis. Si le vote etait positif, et il a des chances de l'etre, alors le cannabis serait vendu comme le tabac et l'alcool. Et evidemment ca va rapporter, selon les estimations faites par l'etait, environ 1 milliard de dollars. Mais qq points manquent a cet article et la raison pour laquelle les drogues sont encore aujourd'hui legale: 1/ Les USA sont encore le pays le plus puissant diplomatiquement/economiquement, et tous pays qui pensent a legaliser les drogues se voit menacer par les USA de sanctions economiques, ou d'aides financieres. Les drogues illegales sont une maniere de garder les pays en servitude aux USA. 2/ La guerre contre la drogue demande une forte militarisation, qui dit vente d'armes, et dont profits. Les entreprises de l'armement ont un interet financier enorme dans cette guerre contre la drogue, et elles n'hesitent pas a financer les campagnes electorales de leur candidats favoris. 3/ Meme chose pour les prisons. Les prisons aux USA sont des entreprises privees, payees par l'etat, donc avant l'argent du contribuable. Des regions entieres dependent des emplois crees par les prisons. Donc les lobbys des prisons, ainsi que les communautes locales financent et soutiennent activement tous les candidats qui veulent garder ces prisons, et donc ne veulent pas legaliser les drogues. 4/ Aux USA, la corruption est legale, puisque n'importe quelle entreprise peut donner autant d'argent qu'elles desirent au campagne de leur candidats preferes. Mais la corruption ne s'arrete pas la, elle est aussi illegale, et beaucoup d'argent est verse a de nombreux elus par toutes ses entreprises qui profitent du business genere par cette prohibition. Ce sont les gros point importants qui permettent de garder la prohibition. Mais peut-etre que la crise va changer les moeurs, et que la californie sera la premiere a ouvrir le business du canabis a des entreprises privees. Je l'espere tres fort, les coffres de l'etat ou je vis sont rouges vifs (20 milliards de dollars en negatifs).

    Rédigé par : Appetito Bueno le 05/09/2010

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L'auteur de l'article

Olivier Postel-Vinay

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Olivier Postel-Vinay est le fondateur et le directeur de la rédaction de Books.  Il a, entre autres, publié Le Taon dans la cité, actualité de Socrate (Descartes & Cie, 1994).

De cet auteur

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