Une démocratie à la dérive

Une démocratie à la dérive

Pendant que les intellectuels de Budapest dénoncent la guerre idéologique qui leur est faite, le journaliste Paul Lendvai a décidé de porter son attaque de l’extérieur. C’est à Vienne et en allemand que ce Hongrois naturalisé Autrichien a publié son livre, soucieux d’expliquer la dérive autoritaire d’une démocratie noyautée par le parti nationaliste de Viktor Orban, le Fidesz. Depuis son arrivée au pouvoir après les législatives de 2010, la Hongrie est en passe de devenir une « démocratie sans démocrates », affirme Lendvai en reprenant l’expression du politologue hongrois Ferenc Miszlivetz.

Publié dans le magazine Books, novembre 2011.

Pendant que les intellectuels de Budapest dénoncent la guerre idéologique qui leur est faite, le journaliste Paul Lendvai a décidé de porter son attaque de l’extérieur. C’est à Vienne et en allemand que ce Hongrois naturalisé Autrichien a publié son livre, soucieux d’expliquer la dérive autoritaire d’une démocratie noyautée par le parti nationaliste de Viktor Orban, le Fidesz. Depuis son arrivée au pouvoir après les législatives de 2010, la Hongrie est en passe de devenir une « démocratie sans démocrates », affirme Lendvai en reprenant l’expression du politologue hongrois Ferenc Miszlivetz.

« Le Fidesz fait tout pour contrôler l’ensemble des institutions de l’État, explique ainsi l’analyste Paul Hockenos dans la Boston Review. L’opposition n’existe plus ; Orban a mis la main sur les médias et les industries culturelles. » Et Lendvai d’énumérer les 43 nouvelles lois, 107 amendements législatifs et 6 changements constitutionnels récemment adoptés, qui limitent l’indépendance de la justice, restreignent les libertés civiles et affirment la prééminence de l’identité chrétienne.

Sujets tabous

L’article que le Süddeutsche Zeitung allemande consacre à l’ouvrage souligne pour sa part la résurgence de la xénophobie : « Les Roms,  les Juifs, les intellectuels sont stigmatisés, comparés à un poison étranger injecté dans le corps noble du peuple. » « Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, les Hongrois n’avaient eu une vision aussi nationaliste du monde », affirme Lendvai. En cause, selon lui : l’absence de travail sur la mémoire, dans un pays où l’alliance avec l’Allemagne nazie et les déportations de Juifs sont des sujets tabous. Le Fidesz a donc beau jeu de réveiller le fantôme de la Grande Hongrie et d’entonner l’antienne du peuple victime de l’histoire, privé des deux tiers de son territoire par le traité de Trianon en 1920 : « L’isolement et la peur d’une mort lente sont les facteurs fondamentaux de l’histoire de cette petite nation », explique le quotidien autrichien Die Presse.

Depuis la parution de l’ouvrage à Vienne l’an dernier, le Premier ministre Viktor Orban a tout fait pour discréditer celui que le site d’information littéraire hlo.hu voit pourtant en héritier d’Arthur Koestler. L’hebdomadaire hongrois Heti Válaz a même accusé Paul Lendvai d’avoir collaboré avec les services de renseignement communistes. Harcelé, victime d’insultes antisémites, menacé, Lendvai a dû renoncer à présenter son livre à Francfort. Craignant une crise diplomatique avec la Hongrie, l’ambassade d’Autriche à Berlin a annulé une lecture de l’ouvrage. « Mon pays perdu » a néanmoins pu sortir en Hongrie au printemps dernier où, comme en Autriche, son succès ne se dément pas.

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