Sans amour, pas de littérature
par Jean-Louis de Montesquiou

Sans amour, pas de littérature

Publié dans le magazine Books, mars/avril 2018. Par Jean-Louis de Montesquiou
Que faut-il pour qu’un livre soit lu, et plaise ? Mais de l’amour, évidemment. Le premier grand texte de la littéra­ture, L’Épopée de Gilgamesh (quelque 2 100 ans avant notre ère) en ruisselle, sous toutes ses formes. Le ­farouche Enkidou, chéri de Gilgamesh, commence sa carrière en étant séduit par Shamat, la prostituée ­sacrée, avec qui il copule pendant six jours et six nuits. Enkidou meurt. Gilgamesh se désole et cherche des consolations divines... Embrassades et péripéties, douceur et violence, rires et larmes – le ton est donné pour une quarantaine de siècles. Depuis, amour et littérature ont partie si bien liée qu’on peut se ­demander lequel est la vraie source de l’autre. Rien n’exprime mieux cet entremêlement de causes et d’effets que l’histoire de Francesca de ­Rimini dans La Divine Comédie. Celle-ci ­dévorait un jour un roman d’amour en compagnie de son beau-frère : « Nous lisions un jour par plaisir/ De Lancelot et comment amour le saisit/ Nous étions seuls et sans aucun soupçon. » Bref, enflammés par leur lecture, les deux lecteurs bientôt s’entre­dévorent : « Pour nous, ce jour, nous ne lûmes pas plus avant », résume l’infortunée Francesca. Suivent en effet l’irruption du mari, l’assassinat des amants, leur envoi aux Enfers pour adultère. L’amour n’est pas seulement à la base de la littérature, mais aussi d’une bonne partie de son langage. Voir, par exemple, les élans lexicaux de Pétrarque dans son Canzoniere (Pétrarque passe pourtant son temps à expliquer qu’il ne peut même tenter de…

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