De l’utilité sociale des ragots

De l’utilité sociale des ragots

Publié dans le magazine Books, mars-avril 2010.
Ne culpabilisez plus si vous consacrez une bonne partie de vos heures de bureau à ragoter avec (et sur) vos collègues. Le commérage augmente l’intelligence et la productivité. Telle est en tout cas la thèse du sociologue allemand Christian Schuldt. Les entreprises au sein desquelles s’échangent beaucoup de potins se distingueraient par un esprit d’équipe plus développé. Même phénomène au sein du couple : « Les cancans quotidiens garantissent une intimité durable », explique Jörg Thomann dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le commérage serait donc un formidable vecteur de lien social, l’équivalent pour les humains de l’habitude observée chez les singes de s’épouiller mutuellement.« Le cancanier va à l’encontre de l’impératif de discrétion et le respecte tout à la fois, puisqu’il ne confie son potin qu’à des personnes choisies », explique Schuldt. De fait, poursuit le sociologue, « partager un secret fonctionne comme un délit de corruption avec deux malfaiteurs : celui qui corrompt et celui qui se laisse corrompre ». Avec des avantages réciproques pour les deux : celui qui dévoile le secret augmente son prestige ; et celui qui le reçoit acquiert une information qui peut s’avérer précieuse.Schuldt retrace toute l’histoire du commérage. Il rappelle notamment qu’au Moyen Âge les femmes s’y adonnaient au lavoir et risquaient rien que pour cela le pilori. Mais on ignorait alors qu’elles développaient ainsi leur intelligence et leur productivité…

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Commentaire

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  1. Menghi dit :

    Service et compensation,vice et fonction,calice et poison.