Et si l’intelligence artificielle était, en réalité, naturelle ?
Publié en janvier 2026. Par Books.
Il est l’un des pontes de la recherche en intelligence artificielle chez Google et a des choses à nous dire non seulement sur l’IA, c’est bien le moins, mais sur l’intelligence en général et son lien avec le monde vivant. Aux côtés de son livre What Is Intelligence?, il vient d’ailleurs de publier simultanément What Is Life?, ce qui en dit long sur son ambition. Pour comprendre ce tour de force, on peut lire avec profit le long article qu’il a publié dans Nature pour expliciter son propos, intitulé modestement « Le passé, le présent et le futur de l’intelligence ».
Il commence par admettre s’être complètement trompé, quand il jugeait naïf, voici seulement dix ans, d’imaginer que les progrès de l’IA, auxquels il contribuait, pourraient déboucher sur une véritable capacité de « penser […], de comprendre de nouveaux concepts, de rédiger des blagues, de débuguer un code […], de résoudre des problèmes technologiques, sociaux et scientifiques […], de répondre de manière fluide, intelligente, responsable et exacte à toutes sortes de questions ésotériques devant lesquelles les humains restent sans réponse ».
Mais maintenant nous y sommes. Comment l’expliquer ? En réfléchissant au sens de l’évolution biologique. La théorie darwinienne de la sélection privilégiant les mutations qui accroissent le mieux les chances de reproduction dans un environnement changeant ne suffit pas, car elle ne peut rendre compte de la complexité croissante du monde vivant, depuis les premières bactéries jusqu’au cerveau humain, a fortiori aux produits engendrés par la collectivité des cerveaux humains. Le phénomène fondamental négligé par Darwin et ses successeurs est la « symbiogénèse », le fait que deux espèces puissent innover en s’associant, comme des bactéries dans le système digestif d’un animal ou plusieurs cerveaux d’une même espèce, comme chez la fourmi. Et si l’IA a percé de manière aussi fulgurante, c’est en réalité qu’elle emprunte à la nature vivante un caractère qu’on lui a trop souvent dénié : celui de fonctionner en calculant – en consacrant l’essentiel de son énergie à calculer ses chances de survie, autrement dit à prédire la prochaine étape, comme le fait un ordinateur ou le grand modèle de langage sur lequel repose l’IA. Il est bien sûr impossible de rendre en si peu de mots l’essence d’une pensée aussi englobante, mais il est clair que la conception de Blaise Aguëra y Arcas épuisera des neurones et fera couler de l’encre. Pour une première approche, outre l’article de Nature, on peut lire un joli morceau de bravoure rédigé par le neuroscientifique américain Patrick House, auteur d’un livre récent sur la conscience. Dans la Los Angeles Review of Books, il se demande si la faculté qu’a l’oiseau-lyre australien de se cacher, celle, à l’inverse, du perroquet néozélandais kéa, qui tient surtout à se montrer en manifestant une curiosité débordante, ne pourraient pas indiquer des manifestations de l’intelligences difficilement réductibles à une approche strictement computationnelle.
