L’évolution de la violence
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L’évolution de la violence

Écrit par La rédaction de Books publié le 1 février 2019

Gilets jaunes, Acte IX, 12/01/2019, Pascal Maga

L’Assemblée nationale examinait cette semaine une proposition de loi anticasseurs destinée à sanctionner les fauteurs de troubles dans les manifestations. Un texte motivé par les violences commises depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ». Faut-il y voir le signe que nous vivons dans un monde de plus en plus brutal ? Pas sûr. Pour l’anthropologue britannique Richard Wrangham, l’évolution de notre rapport à la violence n’est pas une question de degré mais de nature. Dans The Goodness Paradox, il étudie l’histoire de l’agressivité humaine au prisme de l’évolution.

Il admet que la violence quotidienne, l’agressivité réactive a baissé d’intensité. En revanche, notre capacité d’agressivité préventive ou préméditée a considérablement augmenté. Nous avons beau être plus domestiqués et pacifiques que nos cousins les chimpanzés, nous continuons à nous entretuer. Nous exerçons cette violence préventive justement parce que nous sommes domestiqués : plus obéissants, plus conformistes, plus enclins à respecter les ordres.

La violence quotidienne a diminué, écrit Wrangham « du fait d’un processus d’autodomestication amorcé sans aucun doute il y a 200 000 ans. La concertation, grâce au langage, en est la clé. Elle a donné aux mâles betas la possibilité de s’allier pour tuer les mâles alphas tyranniques. Le langage a permis aux opprimés d’ourdir des plans et de transformer des affrontements risqués en assassinats sans danger. » La sélection génétique a fait le reste, éliminant peu à peu la propension aux réactions brutales.

Le processus s’étale sur des millénaires, la charge d’éliminer les individus violents passant des mâles betas à l’État, qui s’en est acquitté via la peine de mort, la manière la plus efficace d’écarter les éléments les plus agressifs de notre patrimoine génétique, assure Wrangham (qui se défend cependant de la soutenir).

À lire aussi dans Books : Le désir de violence, novembre 2012.

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