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Haro sur les intellos

Un roman de politique-fiction grinçant caricature le climat populiste actuel.

Parce qu’il n’a pu se retenir de citer Spinoza pour relever le niveau d’un talk-show télévisé, le ­professeur Prospero est d’abord rabroué en direct par l’animateur, puis lynché sur les réseaux sociaux avant d’être assassiné, dans l’indifférence la plus totale, sur le seuil de son appartement. L’opinion publique conclut qu’il l’a un peu cherché… Quand ­Olivia, la fille du professeur, rentre de Londres pour les obsèques de son père, elle traverse une Italie qu’elle ne reconnaît pas. Drôle d’histoire ! Feltrinelli, l’éditeur de ce roman dystopique, annonce quatre réimpressions en quelques jours et six en moins d’un mois, un succès un peu inattendu. Journaliste, écrivain et animateur d’une école d’écriture à Milan, Giacomo Papi y dresse le portrait d’une Italie grotesque. Un pays où il ne fait pas bon être un intellectuel, où la comple­xité est une valeur ­négative et la culture un privilège, où la pensée raffinée et la langue sophistiquée so
nt ­désormais considérées comme des moyens de tromper le peuple. Sous prétexte de protéger les élites cultivées, le Premier ­ministre de l’Intérieur décide de créer un Registre national des intellectuels et des bobos afin de recenser ces représentants de la gauche caviar qui s’obstinent à se croire plus intelligents que les autres. Il instaure en parallèle une Autorité garante de la simplification de la langue italienne qui prohibe, entre autres, l’usage du subjonctif. Avec une ironie féroce, l’auteur dépeint un pays où l’ignorance se confond avec l’innocence. « Parce que le peuple serait fruste, il faudrait lui fournir des choses simples et grossières ? Voilà la plus grande tromperie, l’attitude la plus élitiste qui soit », s’insurge Giacomo Papi dans une interview accordée au quotidien économique Il Sole 24 Ore. On reconnaît sans peine l’actuel ministre de l’Intérieur (et Premier ministre de fait), Matteo Salvini, dans ce personnage de Premier ministre de l’Intérieur qui est issu des meilleures écoles mais redouble ­d’efforts pour ­paraître ignorant afin d’obtenir les faveurs de ­l’opinion publique. Le roman de Giacomo Papi fait mal, ­estime le critique Paolo ­Armelli dans l’édition italienne du magazine Wired, « parce qu’il raconte un pays imaginaire dont nous savons, au fond de nous-mêmes, qu’il n’est pas si éloigné du pays réel dans lequel nous sommes plongés ». Il censimento dei radical chic (« Le recensement des bobos ») a ­aussi lancé le débat sur la responsabilité des élites. « L’intellectuel n’est plus cette voix critique qui arpente le pays, en prend le pouls et alerte sur les changements qui l’agitent, remarque le critique culturel Hamilton Santià dans le journal en ligne Linkiesta. En décrivant les radical chic comme de grands bourgeois ennuyés et autosatisfaits, Papi semble aussi nous dire en filigrane : ­réveillons-nous ! »
LE LIVRE
LE LIVRE

Il censimento dei radical chic de Giacomo Papi, Feltrinelli

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