L’esprit critique ne prend pas de vacances ! Abonnez-vous à Books !

Les Havel, une famille d’exception

Sauvegarder cet article

Les Mémoires du père de Václav Havel sont rééditées en version intégrale. Autoportrait d’un bâtisseur.

Certains espéraient trouver dans la réédition des Mémoires de Václav Maria Havel (1897-1979) de nouvelles informations sur son fils Václav, le célèbre dramaturge, philosophe et ancien président tchèque. Tout juste apprend-on du père qu’il était « très fier » du fiston, précise l’historienne Jana Čechurová dans le quotidien Dnes, « notamment quand ses pièces ont été jouées dans le monde entier ». Cela n’a pas empêché les lecteurs de plébisciter Mé vzpominky (« Mes souvenirs »), qui paraît pour la première fois dans son intégralité, agrémenté de photos et de documents inédits. Ce livre se prête en effet à plusieurs lectures, note la revue Literární Noviny : « C’est à la fois l’autoportrait d’une personnalité qui a su allier très naturellement esprit d’entreprise et responsabilité sociale, la chronique d’une des familles pragoises les plus en vue du début du XXe siècle et une fresque monumentale s
ur les débuts de l’histoire tchèque moderne. » Connu pour son militantisme aux avant-postes des mouvements étudiants et de la ­société civile sous la Première République tchécoslovaque (1918-1938), Václav Maria Havel l’est aussi pour ses ­activités d’entrepreneur. De surcroît, ce bâtisseur a transformé Prague. Prenant la relève de son père, il a notamment achevé la construction du palais Lucerna, formidable monu­ment Art nouveau qui abrite encore des cafés, une salle de bal, un ­cinéma et des galeries. Il a ­aussi fait bâtir le nouveau quartier de Barrandov et des studios de ­cinéma qui seront parmi les plus grands d’Europe. En somme, Václav Maria ­Havel a toujours été aux premières loges. Franc-­maçon, membre du ­Rotary, il a lutté contre la monar­chie des Habsbourg et assisté de près à l’édification de la Première Répu­blique tchécoslovaque en tant qu’ami de son premier président, le philosophe Tomáš Masaryk. Il subira aussi le protectorat de Bohême-Moravie, l’occupation nazie, le communisme – ce qui lui vaudra même un court ­séjour en prison. Contrairement à ce qu’attendaient nombre de lecteurs, Václav Maria n’évoque pas dans son livre ses relations chaotiques avec son frère Miloš, cloué au ­pilori par le régime communiste pour propagande en ­faveur du protectorat pendant la ­Seconde Guerre mondiale et également pour­suivi en raison de son homo­sexualité. Pas un mot, mais qu’importe, car l’histoire de la ­famille ­remonte bien plus loin, « à l’époque ­b­aroque, du temps où les Havel étaient propriétaires de moulins dans le quartier pragois de Smíchov », rappelle le quotidien Lidové Noviny. ­Affaires, poli­tique, art, littérature, la ­famille a participé à tout, jusqu’à l’apothéose : l’accession de Václav Havel au Château, en 1989. Un événement auquel Václav ­Maria n’a malheureusement pas pu assis­ter : à sa mort, en 1979, son dissident de fils était en prison.
LE LIVRE
LE LIVRE

Mé vzpomínky de Václav Maria Havel, Knihovna Václava Havla, 2018

SUR LE MÊME THÈME

Bestsellers Cauchemar bucolique
Bestsellers Le printemps malgré tout
Bestsellers Les meilleures ventes en Italie - Les polars au sommet

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.