Quand Schnitzler s’autocensurait

Quand Schnitzler s’autocensurait

Une première édition critique, avec le fac-similé du manuscrit, permet de redécouvrir son scandaleux Sous-Lieutenant Gustel.

Publié dans le magazine Books, avril 2012.
Le Sous-Lieutenant Gustel, du Viennois Arthur Schnitzler, fit scandale lors de sa parution en 1900. C’était le premier roman de langue allemande à consister en un simple monologue intérieur (le Français Édouard Dujardin avait ouvert la voie douze ans plus tôt avec son médiocre Les lauriers sont coupés). Le lecteur plongeait dans la conscience du héros éponyme, qui, bousculé à la sortie d’un concert par un boulanger, se désespère d’avoir ainsi perdu son honneur (on ne peut provoquer un boulanger en duel). Il passe la nuit à méditer son suicide, mais sera finalement sauvé par un dénouement inattendu : on lui apprend au matin que le boulanger est mort subitement dans la nuit ! L’armée n’apprécia guère cette satire de ses valeurs ni les accès misogynes et antisémites du protagoniste, qui mettaient à nu beaucoup de ses travers… Traduit devant un tribunal militaire, Schnitzler fut dégradé de son rang d’officier. Une nouvelle édition critique, qui reproduit notamment le fac-similé du manuscrit, permet de découvrir la genèse de l’œuvre. Dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Lorenzo Bellettini s’est amusé à relever les changements intervenus par la suite dans la version imprimée. Après avoir rappelé que le titre envisagé de l’ouvrage fut longtemps « Honneur » et qu’il ne s’agissait pas d’un pur monologue intérieur (une instance extérieure se manifestait par des « se dit-il » et autres « pensa-t-il »), il souligne surtout l’ampleur de l’autocensure. « Le ressentiment antisémite de Gustel était plus manifeste dans le manuscrit, tout comme ses pulsions et…

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