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Juste la fin du monde

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Peut-on encore aimer dans un monde condamné ? Une jeune prodige autrichienne tente de mêler l’utopie à la dystopie.

 


© Jasmin Schuller

« En lisant le roman de Valerie Fritsch, on se demande si l’auteure ne serait pas née en 1889 plutôt qu’en 1989. »

Anton Winter vit une enfance champêtre et heureuse au sein d’une communauté isolée, dans le « jardin » qui donne son titre au roman. Il aime les herbes hautes, les fruits. Il est fasciné par les bocaux que sa grand-mère ­entrepose dans le garde-manger : ils contiennent des confitures, mais aussi les fœtus d’enfants mort-nés. Première discordance dans ce cadre idyllique qui peu à peu soulève bien des questions. Et d’abord celle-ci : quel est donc le statut de cette petite colonie ? Certaines réponses arrivent dès le deuxième chapitre, quand l’utopie s’est muée en dystopie. Anton a 42 ans désormais. Il vit au 21e étage d’un immeuble de verre qui surplombe une ville à l’abandon. Des hordes de chiens et des animaux de zoo laissés en liberté errent dans les rues. Les habitants se suicident. Ils sont convaincus que la fin
du monde est proche – pour des raisons qui restent obscures. Dans son appartement qu’il n’atteint que grâce à une échelle (les ascenseurs ne fonctionnent plus), ­Anton élève des oiseaux exotiques menacés d’extinction. Bientôt il tombe amoureux de la rousse Frederike. Mais comment imaginer un avenir dans un monde condamné ? Lorsque Le Jardin de Winter est paru outre-Rhin, en 2015, il a enchanté la plupart des critiques. Voilà une jeune Autrichienne de 26 ans qui, en 150 pages, osait aborder des thèmes d’envergure, dire « que la naissance et la mort sont indissociables, que l’amour est sans espoir et que notre monde court à sa perte », ­rapporte Wiebke Porombka dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. On a évoqué à son propos l’univers des cinéastes Andreï Tarkovski et Lars von Trier, celui du peintre Jérôme Bosch. Mais c’est surtout le style qui a dérouté. « En lisant ce roman, on se prend à aller regarder la quatrième de couverture pour vérifier que l’auteure est bien née en 1989, et non en 1889 », s’amuse Anja Kummel dans le Zeit. Ses phrases semblent en effet d’une autre époque, et c’est d’ailleurs le seul défaut que lui trouve Georg Renöckl dans le Neue Zürcher Zeitung. « Quand on choisit un ton élevé, il faut avoir une voix sûre », écrit-il avant de relever plusieurs maladresses stylistiques et de conclure : « Valerie Fritsch fait preuve d’une imagination impressionnante, mais sa vision riche et sombre est gâtée par ces couacs trop nombreux. » Dans le quotidien autrichien Kurier, Barbara Mader juge, au contraire, que Fritsch « ne franchit jamais la frontière du maniérisme ».
LE LIVRE
LE LIVRE

Le Jardin de Winter de Valerie Fritsch, Phébus, 2017

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