Le cas Martin Amis

Le cas Martin Amis

Publié dans le magazine Books, décembre 2014.
Peut-on rire de tout ? Avec Martin Amis, certainement. Lorsqu’on apprit, il y a quelques mois, que le provocateur auteur de Money, Money et de London Fields s’apprêtait à publier un roman situé à Auschwitz, la nouvelle a suscité un certain émoi. L’inquiétude grandit encore après que Gallimard et Hanser Verlag (les éditeurs habituels de Martin Amis en France et en Allemagne) ont fait part de leur décision de ne pas acheter les droits du livre – « pour des raisons littéraires », avançait-on dans les deux maisons. À quel scandale fallait-il s’attendre pour que même Gallimard, l’éditeur des Bienveillantes de Jonathan Littell, recule devant ce nouveau « roman de la Shoah » ? Or, à l’exception notable de la London Review of Books, qui l’a jugé sévèrement, la presse anglaise s’est montrée très élogieuse à l’endroit de « La zone d’intérêt ». Imaginant l’histoire d’amour avortée entre un officier nazi et la femme d’un commandant de camp que l’on devine être celui d’Auschwitz, le roman est empreint, certes, de grotesque (le personnage du commandant a « une aptitude presque comique à la vanité, à l’hypocrisie et à la complaisance envers lui-même », lit-on dans le Times Literary Supplement), mais aussi d’une retenue assez inhabituelle chez Amis (l’humour semble « la plupart du temps mesuré et subtil », souligne Alex Preston dans The Observer). Pour beaucoup – dans Prospect, dans The Spectator ou encore The Independent –, ce roman est tout simplement l’un des meilleurs de l’écrivain.

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