Le meurtre de Pasolini, affaire d’Etat

Le meurtre de Pasolini, affaire d’Etat

2 novembre 1975. Le corps de Pier Paolo Pasolini gît, inerte, à Ostie. Selon le rapport d’autopsie, la mort a été provoquée par de multiples fractures, mais surtout par l’ « explosion » du cœur. Après les coups, ses agresseurs ont écrasé le corps du cinéaste sous les roues de son Alfa.

Écrit par la rédaction de Books publié le 31 juillet 2009

2 novembre 1975. Le corps de Pier Paolo Pasolini gît, inerte, à Ostie. Selon le rapport d’autopsie, la mort a été provoquée par de multiples fractures, mais surtout par l’ « explosion » du cœur. Après les coups, ses agresseurs ont écrasé le corps du cinéaste sous les roues de son Alfa.
Qui a assassiné le célèbre écrivain et réalisateur, et pourquoi ? Malgré les indices d’un massacre perpétré à plusieurs, Pino Pelosi, jeune voyou de 17 ans, dit en être l’unique auteur. Sa version : Pasolini aurait voulu lui imposer une prestation sexuelle, la bagarre qui suivit aurait dégénéré. Pelosi est condamné à près de dix ans prison. Depuis, il a multiplié les révélations contradictoires. Aujourd’hui, 34 ans après le meurtre, il témoigne à nouveau. Ses aveux, filmés par Roberta Torre dans La Notte quando è morto Pasolini (« La nuit où Pasolini est mort »), sont publiés par les journalistes Giuseppe Lo Bianco et Sandra Rizza dans leur livre Profondo nero. Pelosi y parle pour la première fois d’un « crime politique » commis par un commando de cinq individus. Il révèle les noms de deux d’entre eux : les frères Borsellino, membres du parti fasciste MSI (Movimento Sociale Italiano). Pelosi déclare aussi que ce soir-là, lui et Pasolini avaient un rendez-vous, fixé une semaine auparavant, ce qui ravive la thèse de la préméditation. S’appuyant sur ces éléments, plusieurs voix s’élèvent pour demander la réouverture de l’enquête.
Mais Profondo Nero ne s’arrête pas au cas Pasolini. Les auteurs avancent que son meurtre pourrait être relié à deux autres morts tragiques : celle d’Enrico Mattei, ancien président de la société pétrolière ENI (Ente Nazionale Idrocarburi) disparu dans un accident d’avion en 1962, et celle du journaliste Mauro de Mauro qui enquêtait précisément sur la mort de Mattei au moment de sa disparition. « A la fin de sa vie, le poète [Pasolini] avait une obsession, affirment Lo Bianco et Rizza : reconstruire, dans son roman posthume Pétrole (1), la toile d’araignée des sociétés et des affaires tissée autour d’Eugenio Cefis, successeur de Mattei à la tête de l’ENI. » Cefis, proche de la droite non républicaine, serait aussi le fondateur de la loge maçonnique P2, « cette association secrète, explique Piero Ottone dans La Reppublica, à laquelle ont adhéré des personnalités de l’armée, des diplomates, des hauts fonctionnaires, des politiques, des journalistes […]. Au sein d’un État qui fonctionnait mal […], des hommes de pouvoir agissaient donc en secret ». Les auteurs rappellent que Silvio Berlusconi avait été désigné par Lucio Gelli, le Grand-Maître de la loge P2, comme son successeur.

(1) Gallimard, 2006

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