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Le « vampire de Düsseldorf »

Peu après son arrestation, le serial killer qui a inspiré Fritz Lang dans M le Maudit explique à son psychiatre les origines de son trouble, et le plaisir qu’il y prend.

« J’étais un bon élève. [Mon père] s’adonnait constamment à la boisson […]. Il devenait terrible dans ces cas-là. Les fenêtres étaient brisées, ainsi que les meubles. Et comme j’étais l’aîné, c’était moi la cible principale. Souvent je me cachais pour échapper à ses crises de rage et je me réfugiais dans les bois ou à l’école. Pendant des semaines, je ne rentrais plus chez moi. Dans ces moments, je devenais un véritable vagabond. J’avais pour habitude de voler de l’argent aux femmes et aux enfants qui faisaient les courses […]. Nous étions terriblement pauvres, car tout le salaire passait dans la boisson. Nous vivions dans une seule pièce ; en tout, nous étions dix frères et sœurs. Vous imaginez aisément l’influence de cette promiscuité sur ma sexualité. Cette misère prit une tournure encore plus destructrice quand mon père fut condamné en 1897 à dix-huit mois de prison pour avoir eu des relations sexuelles avec sa fille aînée […].

Je n’avais pas encore seize ans quand j’ai volé de l’argent à l’usine pour m’enfuir. Je ne suis jamais revenu à la maison. Je ne veux pas omettre mes expériences de prison, car je suis convaincu qu’elles expliquent en partie mon existence par la suite. Une fois, j’ai été condamné à deux jours de prison. Quand je suis sorti, un agent de police m’a fait traverser enchaîné toute la ville pour me conduire jusqu’aux portes. Vous pouvez imaginer ce que j’ai ressenti ! […] Ensuite, il y a eu une longue condamnation […]. C’est à cette époque que j’ai connu la sévérité du régime disciplinaire. J’en ai terriblement souffert. Une véritable barbarie […]. L’enchaînement était une forme habituelle de punition. Une fois, j’ai été enchaîné trois semaines de suite […]. Mes crises de rage […] étaient fréquentes […]. À Münster, je connus une sorte de psychose de prison. Une fois, je me suis enroulé dans un tissu de soie sous une table pour ne plus bouger […].

Mes tendances sadiques

Je discutais souvent de mes aventures sexuelles avec d’autres prisonniers. Parfois je les choquais volontairement, comme lorsque je leur racontais que j’avais mordu les parties génitales d’une femme. Lorsque le sang gicle, il n’y a rien de plus excitant au monde. Dès mon plus jeune âge j’ai toujours aimé allumer des incendies. J’ai commis ces actes pour la même raison que tout le reste – mes tendances sadiques. J’avais du plaisir en voyant les lueurs du feu et les cris des personnes qui demandaient de l’aide. C’était une telle excitation que j’en tirais toujours un orgasme très violent. Et il en était de même pour les lettres que j’écrivis à la police. Je pensais que l’influence de ces lettres et l’excitation qu’elles causeraient auraient un effet sexuel sur moi, et je ne me suis pas trompé. La première de ces lettres fut écrite en 1913, après le meurtre de la fille Klein (1). En plus, j’étais persuadé que le sang innocent de ma victime retomberait sur ceux qui me tourmenteraient et les châtierait.

J’étais continuellement en proie au désir – vous appelez ça le désir de tuer – et plus il y en avait, mieux c’était. Oui, si j’en avais eu la possibilité, j’en aurais tué des masses. J’aurais engendré des catastrophes. Tous les soirs, quand ma femme travaillait tard, j’écumais les rues de la ville à la recherche d’une victime. Mais ce n’était pas si facile que ça d’en trouver une.

Lorsque je rentrais à minuit passé, parfois gorgé du sang de mes victimes, j’effaçais toute trace suspecte de mes mains et de mes vêtements. Au retour de ma femme, nous discutions tranquillement de notre journée de travail, de nos voisins, avant de nous endormir côte à côte. Je ne faisais jamais de mauvais rêves et mes nuits n’étaient jamais troublées par le manque de sommeil.

Mes relations avec ma femme ont toujours été bonnes. Je ne l’aimais pas d’un point de vue sensuel, mais à cause de mon admiration pour son admirable caractère. J’ai toujours possédé un très fort appétit sexuel, qui s’est encore accru ces dernières années et qui était d’autant plus stimulé par les crimes eux-mêmes. Pour cette raison, j’ai constamment été poussé à chercher une nouvelle victime. Parfois j’avais même un orgasme rien qu’en saisissant une victime à la gorge ; d’autres fois, non, mais cela m’arrivait quand je la poignardais. Ce n’était pas dans mes intentions d’obtenir satisfaction par une pénétration normale, mais bien en tuant. Lorsque la victime se débattait, cela ne faisait que stimuler mon désir. »

 

Ces extraits sont tirés d’une lettre de Peter Kürten à son psychiatre Karl Berg, peu après son arrestation en mai 1930. La lettre complète est reproduite dans le livre de Stéphane Bourgoin, 999 ans de serial killers, Ring, 2013.

Notes

1| Ce fut le premier meurtre de Kürten, commis sur une fillette de 10 ans.

Pour aller plus loin

 

Stéphane Bourgoin, Le Livre noir des serial killers, Dans la tête des tueurs en série, Points Seuil, 2010. Par l’auteur de notre entretien, p. 42.

Nadia Fezzani, Mes tueurs en série, Les Éditions de l’Homme, 2012. Par une journaliste, qui recueille de nombreuses déclarations de tueurs en série.

Agnès Grossmann, L’Enfance des criminels, Hors Collection, 2012. Par une journaliste qui a réalisé une quinzaine de portraits de tueurs en série pour l’émission de France 2 « Faites entrer l’accusé ». « À l’horreur des crimes perpétrés par un “monstre” font écho de graves souffrances subies pendant son enfance. »

Corinne Herrmann, Un tueur peut en cacher un autre, Stock, «?J’ai Lu?», 2008. Par une avocate, coauteure en 2001 de Les Disparues d’Auxerre, Ramsay, 2001. Elle analyse en particulier les dysfonctionnements des institutions françaises face aux meurtres en série. 

Yiannis Lhermet, Tueurs en série. Les criminels de l’extrême, Grimal Éditions, 2012. Par un journaliste de la presse régionale. Galerie de portraits de tueurs ayant marqué l’histoire de différents pays de la planète.

 

LE LIVRE
LE LIVRE

999 ans de serial killers de Le « vampire de Düsseldorf », Ring

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