Le mage du Paris fin de siècle

Le mage du Paris fin de siècle

Personnage au narcissisme insensé, pétri d’occultisme, Joséphin Péladan a exercé une influence considérable sur les artistes de son temps.

Publié dans le magazine Books, septembre / octobre 2017.

© Musée des beaux-arts, Nîmes

Portrait du Grand Maître de la Rose † Croix en habit de chœur, Joséphin Péladan, détail, huile sur toile de Jean Delville (1895).

En 1895, le peintre symboliste belge Jean Delville exposa à Paris, au Salon de la Rose † Croix, un portrait de son maître à penser, ­Joséphin ­Péladan. Vêtu d’une robe de prêtre immaculée, le ­regard exalté, un doigt vers le ciel, l’autre main ­tenant sur sa poitrine un rouleau doré, le mage arbore une barbe à deux pointes et une énorme ­tignasse sombre. Comme d’autres peintres spiritualistes, Delville exposait aux Salons de la Rose † Croix depuis leur création par Péladan en 1892. Sous l’influence du mage, comme il le raconte dans son autobiographie, il était venu habiter à Paris, quai de Bourbon, où il fréquentait d’autres rosicruciens. En 1893, il fit les décors de Babylone, une tragédie en quatre actes de Péladan jouée dans le théâtre installé dans le Salon de la Rose † Croix. Cette même année, Verlaine ­assista à une conférence du mage à La Haye. Il raconte : « Nos yeux tombent sur deux affiches (les mêmes) étonnantes représentant de grandeur demi-­nature, le Sâr Péladan en robe monacale, les yeux baissés, sa crinière et sa barbe légendaires aspirant, eux aussi, ainsi que le nez […] à la terre. En exergue, l’annonce pour le lendemain d’une conférence sur la Magie et l’Amour […]. J’ai toujours fait en Joséphin Péladan la différence entre l’homme de talent considérable, éloquent, profond souvent, et que tous ceux ­capables de comprendre et d’apprécier doivent, sous suspicion de mauvaise foi, admettre sinon admirer au moins en partie, et le systématique, le sans doute très sincère mais certainement trop encombrant sectaire, qu’il se dénomme Sâr ou Mage, à qui Barbey d’Aurevilly disait dans une préface à son Vice ­suprême [premier roman de Péladan] : “N’usez donc de magie que celle du talent.” » Le musée Guggenheim de New York présente jusqu’au 4 octobre l’exposition « Le symb­olisme mystique : le Salon de la Rose † Croix à Paris, 1892-1897 ». ­Aucune des innombrables œuvres diverses de Péladan n’a pourtant été traduite en anglais, relève le critique Alex Ross dans The New Yorker. Mais cet homme étrange et méconnu a clairement exercé une influence décisive. Le ­Salon de la Rose † Croix « a été la première tentative de créer une “religion de l’art moderne” à vocation internationale », écrit John Bramble dans Modernism and the Occult, publié en 2015.…
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