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Merkel, généreuse malgré elle

Un livre polémique montre comment l’accueil par l’Allemagne de plus d’un million de réfugiés en 2015 s’est décidé dans l’improvisation la plus totale.

 


© Sean Gallup / Getty

Munich, septembre 2015. L'Allemagne a accueilli plus d'un million de réfugiés cette année-là.

L’accueil de plus d’un ­million de réfugiés par l’Allemagne en 2015 a marqué l’histoire récente du pays. « L’Allemagne est deve­nue un pays différent, c’est évident », estime Tobias Rapp dans Der Spiegel. Outre-Rhin, le sujet continue à faire polémique, il pourrait même coûter à ­Angela Merkel sa réélection, et ce n’est pas l’ouvrage du journaliste de Die Welt Robin Alexander, énorme best-seller de ces dernières semaines, qui va arranger les affaires de la chancelière. « Lire Die Getriebenen, c’est un peu comme habiter près d’une autoroute, note Mariam Lau dans Die Zeit. On voit les ­bolides passer à toute vitesse et on sent la vibration au plus profond de son squelette. En l’occur­rence, ce qui vibre, c’est une énorme colère contre la chef du gouvernement. » Robin Alexander tente de recons­tituer les événements : le 12 septembre 2015, Angela Merkel était sur le point de fermer la
frontière avec l’Autriche, explique-t-il. Techniquement tout était prêt, jusque dans le moindre détail. Pourquoi la chancelière a-t-elle finalement décidé de laisser entrer les réfu­giés ? Le journaliste montre que ni elle ni son ministre de l’Inté­rieur, Thomas de ­Maizière, n’étaient prêts à assumer les conséquences d’une telle décision. La police ne pouvait leur garantir que cela n’engendrerait pas des violences. ­Selon Alexander, Merkel a pris peur. Pour lui, « le ministre des ­Affaires étrangères autrichien, ­Sebastian Kurz, a eu le courage de faire ce qu’Angela Merkel n’a pas voulu faire », écrit Mariam Lau qui ne partage visiblement pas ce point de vue. Pour elle, en fermant leurs frontières, les Autrichiens ont fait preuve d’égoïsme et envoyé un message clair à l’Europe : « Après nous le déluge. » Mais Die Getrie­benen n’est pas seulement un livre polémique. Son auteur fait pénétrer le lecteur dans les contingences de la politique. L’effet est assez troublant. À le lire, on découvre qu’Angela Merkel n’a jamais eu l’intention de devenir la « chancelière des réfugiés ». Cette image est une reconstitution a posteriori. Les raisons données par Merkel pour justifier sa ­décision historique n’ont cessé de fluctuer : à l’impératif humanitaire a succédé l’idée qu’il était de toute façon impossible d’arrê­ter le flot des nouveaux arrivants. Puis ce fut le sinistre passé allemand qui fut mis en avant : il s’agissait de se racheter des crimes nazis. Enfin, on a allégué le vieillissement de la population allemande… Alexander « décrit avant tout comment la politique fonctionne. Les convictions, la vanité, le hasard, les calculs, les sondages, le programme, les discussions, la diplomatie internationale et les images de la télévision forment un tourbillon d’où émergent les décisions », conclut Die Zeit.
LE LIVRE
LE LIVRE

Die Getriebenen de Robin Alexander, Siedler Verlag , 2017

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