« OK Google », vraiment ?
par Pauline Toulet
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« OK Google », vraiment ?

Écrit par Pauline Toulet publié le le 22 février 2019

Nous le savons, la moindre de nos actions en ligne laisse derrière elle un cortège de traces numériques, enregistrées, compilées et analysées par les algorithmes des géants de la Silicon Valley. Les révélations d’Edward Snowden et le scandale Cambridge Analytica ont prouvé que nos données personnelles, négligemment disséminées sur le Web, n’étaient pas perdues pour tout le monde. Dans The Age of Surveillance Capitalism, l’américaine Shoshana Zuboff, professeure émérite de la Harvard Business School, décrit l’avènement du capitalisme de surveillance qui régit désormais nos comportements individuels.

Gratuit

Initialement, Google utilisait les données comportementales des utilisateurs pour améliorer la précision et la pertinence de ses services. Mais, au début des années 2000, la « bulle Internet » éclata, créant une grave crise économique dans le secteur des nouvelles technologies. Les dirigeants de Google, alors aux abois, réalisèrent qu’ils étaient assis sur une mine d’or : les données personnelles des utilisateurs intéressaient grandement les annonceurs, désireux de s’en servir pour faire de la publicité ciblée. Or, pour qu’elle rapporte, il faut pouvoir déterminer avec précision les centres d’intérêt des internautes.

Voilà qu’une multitude de services gratuits nous sont proposés : Google Maps, qui nous assiste dans nos moindres déplacements, Google Agenda, qui veille à ce que nous ne manquions aucun rendez-vous, ou encore Google Actualités, qui nous informe en fonction de nos sujets de prédilection. Tout cela n’est pas offert sans arrière-pensée, souligne Zuboff. L’adage ne dit-il pas « si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit » ?

Prédictions

En réalité, le véritable produit du capitalisme de surveillance ce n’est pas nous, explique l’auteure, mais les prédictions concernant nos comportements futurs, élaborées à partir de nos faits et gestes sur la toile. Ce que nous allons acheter, où nous allons aller, pour qui nous allons voter, sont autant d’informations qui se vendent à prix d’or. Et la meilleure manière de transformer ces pronostics en certitudes, c’est encore d’infléchir les comportements pour les rendre davantage prédictibles, insiste Zuboff. « Le livre remet en cause nos présupposés, soulève des questions inconfortables sur le présent et l’avenir, et pose les jalons d’un débat nécessaire qui n’a que trop tardé », analyse Nicholas Carr dans la Los Angeles Review of Books.

 

À lire aussi dans Books : Nous sommes les pantins du Web, avril 2014.

 

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