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Oncle Sam sous Vichy

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Au moment de Pearl Harbor, en décembre 1941, il restait quelque deux mille Américains à Paris. Soudain devenus les ennemis de l’Allemagne, quel fut leur sort ? Pas toujours détestable, si l’on en juge par le quotidien de René de Chambrun, marié à la fille de Pierre Laval. En avril 1944, alors que la banlieue de la capitale vibre sous les bombardements, il va aux courses à Auteuil, y gagne 260 000 francs, puis se rend au théâtre voir une pièce de Jean Anouilh. Au début de la guerre, il avait pourtant passé sept mois aux États-Unis pour convaincre ses compatriotes d’aider militairement la France et l’Angleterre. Son père, le comte Aldebert du même nom, né à Washington et descendant de La Fayette, joua un rôle crucial dans le maintien en fonctionnement de l’hôpital américain de Neuilly. Lequ

el hôpital servit jusqu’en 1944 au chirurgien Sumner Jackson de couverture pour cacher et faire exfiltrer des militaires américains et anglais. Jackson fut arrêté par la Milice en juin 1944 et tué en mai 1945 dans son bateau-prison, coulé par une malheureuse frappe britannique.
Le journaliste américain Charles Glass a mené une enquête minutieuse pour retracer des itinéraires des plus divers. Il y a Sylvia Beach, la propriétaire lesbienne de la librairie Shakespeare & Company, qui fut emprisonnée mais put rouvrir sa librairie après une intervention d’Hemingway. Il y a l’étonnant Charles Bedaux, Français naturalisé Américain, qui avait fait fortune en inventant de nouvelles méthodes, dignes des Temps modernes, pour améliorer la productivité dans les usines. Il mangeait à tous les râteliers. Il possédait une voiture avec une plaque d’immatriculation des forces d’occupation allemandes. Arrêté par l’armée américaine, il se suicida avant son procès. Glass évoque aussi l’extraordinaire Eugene Bullard, l’unique Noir à avoir piloté un avion de combat pendant la Première Guerre mondiale. Brièvement marié à une Française, il fit carrière dans les night-clubs parisiens. Il se battit pour défendre Orléans en 1940 et fut blessé à la moelle épinière. The Economist en profite pour rappeler que Eisenhower laissa la division Leclerc libérer Paris, à condition qu’elle ne contînt aucun Noir.

Charles Glass, Americans in Paris. Life and Death Under Nazi Occupation 1940-44 (« Américains à Paris. Vie et mort pendant l’Occupation nazie 1940-1944 »), Harper Press, 2009

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