Le père, un mal nécessaire
par Le père, un mal nécessaire
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Le père, un mal nécessaire

Écrit par publié le le 20 février 2019

Pour comprendre le fils, mieux vaut connaître le père, semble penser l’écrivain irlandais Colm Tóibín. Dans Mad, Bad, Dangerous to Know, il brosse le portrait des pères de trois figures tutélaires de la littérature irlandaise : Oscar Wilde, William Butler Yeats et James Joyce. « Les vies des trois pères sont si diverses et les œuvres des fils si différentes, qu’il est difficile de tirer des conclusions générales sur les relations père-fils ou leur influence sur l’art et, pour l’essentiel, Tóibín est bien trop subtile et circonspect pour tenter de le faire », analyse Gregory Cowles dans The New York Times.

Dans le genre excentrique, on fait difficilement mieux que le père d’Oscar Wilde : chirurgien ophtalmologue réputé, ethnologue avant l’heure (il collectait les légendes issues du folklore irlandais) et père de plusieurs enfants nés hors mariage. William Wilde a d’ailleurs été poursuivi pour avoir violé l’une de ses patientes, qu’il aurait anesthésiée avec du chloroforme. Un procès qui préfigure étrangement celui qui sera fait à son fils trente ans plus tard en raison de ses mœurs sexuelles, souligne Tóibín. Quant au père de James Joyce, il n’était pas plus conventionnel. Buveur impénitent, sans cesse à court d’argent, il lui arrivait régulièrement de passer ses accès de colère sur ses enfants.

Paternel

Plutôt que de se hasarder à dresser des parallèles entre pères et fils, Tóibín préfère pointer ce qui les distingue. Ainsi, on s’étonnera d’apprendre que William Wilde, dont le fils Oscar est connu pour son raffinement de dandy, avait la réputation d’avoir une hygiène plus que douteuse. À en croire Tóibín, une blague faisait fureur dans le Dublin du milieu du XIXe siècle : « Pourquoi les ongles de Sir William Wilde sont-ils si noirs ? Parce qu’il s’est gratté ! ». En ce qui concerne le peintre John Butler Yeats, le père du poète, il était de notoriété publique qu’il ne finissait jamais ses toiles. Quand on sait à quel point son fils a été prolixe, le contraste ne peut que faire sourire. La contradiction la plus surprenante pointée par Tóibín, c’est peut-être la ferveur avec laquelle James Joyce vénérait son père malgré ses innombrables manquements. Cette profonde affection ne l’a toutefois pas empêché de faire dire au personnage d’Ulysse, Stephen Dedalus : « Un père est un mal nécessaire ».

 

À lire aussi dans Books : La revanche de Constance Wilde, mai 2013.

 

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