Rushdie ne mord plus

Rushdie ne mord plus

Jadis dérangeant et cinglant, l’auteur des Enfants de minuit livre ici un roman décevant, au style ampoulé.

Publié dans le magazine Books, novembre 2018.
Voici un livre qui fait couler de l’encre sur (au moins) trois continents. Situé à New York, le treizième roman de Salman Rushdie met en scène un milliardaire qui « se fait appeler Néron Golden », débarqué avec ses trois fils adultes d’un lointain Orient à la suite d’un événement traumatique (il s’agit des attentats de 2008 à Bombay, qui ont visé notamment l'hôtel Taj Mahal). Le lecteur croise, entre autres, une belle Russe maléfique et une jeune Somalienne ; il reconnaît sans difficulté un certain Joker pourvu d’une mèche verte, candidat tonitruant à la présidence. Devenu citoyen américain après avoir été indien puis britannique, « l’écrivain aux identités multiples » n’a pas son pareil pour évoquer l’immigration et l’exil, apprécie The Guardian. Littérature-monde ? Trop foisonnant pour être ­résumé, traversé d’innombrables références mythologiques, littéraires et cinématographiques – de Fenêtre sur Cour, de Hitch­cock, à La Complainte du sentier, de Satyajit Ray –, cette œuvre-­palimpseste amène à s’interroger sur l’ancrage et le flottement en littérature. « Quand Salman Rushdie s’est attelé à son deuxième roman, Les Enfants de minuit (1981), il a constaté qu’il ne pouvait pas écrire “dans la prose mesu­rée d’un E. M. Forster” », rappelle The New York Times. Car ­l’Inde, à la fois cadre et ­sujet de son livre, « c’est la démesure, expliquait l’auteur. Elle est intense. Intense et surpeuplée, vulgaire, bruyante, et elle exige un style qui lui corresponde ». Ce style, poursuit le quotidien new-yorkais, Rushdie l’a incontestablement trouvé, comme en témoignent Les Enfants de minuit, Les Versets sataniques et d’autres excellents romans qui…

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