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Simon Wiesenthal, le détective 
aux six millions de clients

La biographie du plus célèbre chasseur de nazis révèle les ambiguïtés de cette figure qui fut autant admirée que critiquée.

Cinq ans après la mort de Simon Wiesenthal, le survivant du camp de Mauthausen qui dédia sa vie à la traque des nazis, Tom Segev, historien et journaliste israélien, livre une biographie imposante et nuancée de cette grande figure de l’après-guerre. L’ouvrage s’appuie sur des documents originaux, dont certains sont tirés des archives personnelles de Wiesenthal.



« Il aimait à comparer sa tâche à une trépidante enquête mondiale contre les criminels de guerre, note Dwight Garner du New York Times. Mais son quotidien était autrement plus humble. Il travaillait surtout en solitaire, depuis un appartement exigu, plongé dans de vieilles coupures de presse, entouré d’annuaires et de morceaux de papier sur lesquels il relevait les fragments de preuves accumulés », rapporte Dwight Garner, qui n’hésite pas à lui trouver des airs d’inspecteur Clouseau ! « Si son statut de héros fut parfois exagéré, poursuit le journaliste, il obtint de réels succès. » Son travail a mené à la capture d’Adolf Eichmann en 1960, et Karl Silberbauer – le policier qui avait arrêté Anne Frank – fut sans doute l’une de ses plus belles prises.


Wiesenthal se disait mû par «

 un profond désir de justice, pas de vengeance », pour reprendre le titre de sa propre autobiographie (Justice n’est pas vengeance, Robert Laffont, 1989). Dans son ouvrage, Tom Segev explique qu’il s’imaginait rencontrer les victimes du nazisme au paradis et était décidé à ne leur adresser que ces six mots : « Je ne vous ai pas oubliés. » Cet Autrichien qui ne faisait­ pas mystère de son patriotisme se voyait comme un « nécessaire poil à gratter » et affirmait à propos de ses compatriotes : « Je suis leur mauvaise conscience. »



Mais Tom Segev ne se contente pas de retracer cette vie à bien des égards extraordinaire. Il fait aussi le récit distancié des controverses suscitées par le personnage, apporte la preuve de sa collaboration avec le Mossad israélien et enquête sur son étrange amitié avec Kurt Waldheim, l’ancien officier de la Wehrmacht devenu président de la République autrichienne qui se serait rendu coupable de crimes de guerre. Plus surprenant encore, relève pour sa part Dalia Karpel dans le quotidien israélien Haaretz, l’ouvrage de Segev révèle « la curieuse rivalité qui opposait Wiesenthal à Élie Wiesel, Serge Klarsfeld et d’autres “chasseurs de nazis”, qui se battaient tous pour le titre de “grand prêtre de la Shoah”. »



« Wiesenthal était un héros complexe, un ange aux ailes sales », conclut l’article du New York Times. Le portrait qui se dégage de cette biographie est aussi celui d’un « homme mesquin et égocentrique, qui lança parfois des accusations sans fondements et avait un goût prononcé pour l’exagération », note Dwight Garner. Dalia Karpel, qui a rencontré Tom Segev, rapporte pour sa part cet aveu de l’historien, qui a consacré au sujet cinq années de recherche : « C’est le livre le plus difficile que j’aie jamais écrit. D’un côté, je voulais être fidèle aux documents, et de l’autre, à Wiesenthal. »



Adulé ou récrié, l’homme qui se considérait comme le « détective privé aux six millions de clients » ne laissa personne indifférent. 


=> Comparer les articles Universalis et Britannica sur Simon Wiesenthal.

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