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Qui était le plus cohérent et courageux philosophe des Lumières ? - Books

Qui était le plus cohérent et courageux philosophe des Lumières ?

Face à la mort et à défaut de croyance en la vie éternelle, les philosophes matérialistes des Lumières semblent avoir tablé sur l’espoir que leurs pensées et leurs œuvres leur survivent dans cette incertaine empyrée, la postérité. Qu’en est-il, en réalité ? Joanna Stalnaker, enseignante de littérature française à l’université de Colombia à New York, passe ici minutieusement en revue les ultimes moments et les ultimes œuvres des principales figures, de David Hume à Madame Roland, en passant par Voltaire, Rousseau, Diderot, Madame du Deffand et quelques autres. Il en ressort qu’à l’article de la mort ou un peu avant, la plupart des esprits forts ont effectivement su résister aux pressions de l’Église soucieuse d’obtenir de leur part une rétractation in extremis. Voltaire, qui en 1772 se croyait mourant, fanfaronnait dans son Épître à Horace qu’il ne tenait vraiment pas à ce qu’on vienne « ennuyer un malade au nom de l’Éternel ». En fait, après s’être survécu six ans, il reconnaîtrait in fine « mourir dans la religion catholique » afin de pouvoir bénéficier d’une sépulture. Pour échapper aux tentatives du clergé, après un premier AVC, Diderot était allé se cacher à Sèvres. Mais celui qui écrivait à son ami le sculpteur Falconet que « la postérité pour le philosophe est l’au-delà de l’homme religieux » irait malgré tout reposer dans la crypte accueillante de l’église Saint-Roch. 


En revanche, nos philosophes savaient bien que le pari sur la gloire posthume était encore plus hardi que le pari pascalien. « Non seulement ils n’avaient pas confiance dans la postérité de leurs écrits mais ils avaient même, comme Rousseau, une perception négative de l’Histoire et du progrès », écrit Joanna Stalnaker. S’ils se résignaient philosophiquement à la mort physique, dont ils cherchaient à persuader leurs contemporains qu’il ne s’agissait que d’une simple suppression de la perception assortie d’une remise en circulation des atomes composant le corps défunt – une circonstance bénigne sinon salutaire (cf. « la mort bienheureuse » que célébrait déjà Montaigne) –, ils paraissaient réticents, quoi qu’ils en disent, « à abandonner leurs liens avec le futur et se résoudre à la perspective du néant », résume Ruth Scurr dans le Wall Street Journal.


Beaucoup d’entre eux se sont en effet efforcés par leurs dernières œuvres de contourner la fatalité de l’oubli. Presque à l’agonie, David Hume avait ainsi usé ses dernières forces à rédiger Ma propre vie – écrite à la troisième personne et déjà au passé – pour figer sa bonne image (et pour plus de sécurité, il avait demandé à son grand ami Adam Smith d’écrire un flatteur chapitre additionnel, vraiment posthume celui-là.). Rousseau, éternel parano, avait cherché deux ans avant sa mort à clouer le bec de ses détracteurs présents et futurs via ses dialogues de Rousseau juge de Jean-Jacques, ouvrage qu’il confia même à la providence en en déposant un exemplaire sur l’autel de Notre-Dame (les grilles étant fermées, il dut se résoudre à distribuer lui-même son livre). Quant à Diderot, qui disait ne pas se faire trop d’illusions sur son après littéraire, il espérait malgré tout que ses atomes corporels puissent se mêler à ceux de sa maîtresse Sophie Volland dans une sorte d’ultime étreinte. En naturaliste, Buffon considérait pour sa part la fin de vie comme une sorte de « fossilisation », dont il observait le mécanisme physiologique sur sa propre personne, tout en espérant sans doute que son œuvre immense se fossilise à son tour, c’est-à-dire se conserve sur la longue durée. 


Quant à la grande épistolière, la marquise du Deffand, elle rejetait à la fois les consolations de la religion (« une ressource factice pour ceux qui ne peuvent supporter la vérité ») et celles de la gloire posthume (« il y a bien de la vanité à vouloir vivre quand on ne sera plus »). Mieux même, elle refusait qu’on la considère « comme un auteur » et n’avait de son vivant rien laissé publier de son immense correspondance (elle se doutait bien qu’il n’en irait pas de même après sa mort mais s’en fichait : « ça ne me regardera plus »). Le plus radical, le plus cohérent, le plus courageux des philosophes des Lumières était donc une philosophe.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Rest Is Silence: Enlightenment Philosophers Facing Death de Joanna Stalnaker, Yale University Press, 2026

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BOOKS n°123

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