Génie du foot malgré lui
Publié en janvier 2026. Par Carlos Schmerkin.
« Sans être un bon élève, car il était moyen, Eliseo agissait comme s’il était le meilleur de tous : propre, distant, sérieux […], témoigne des décennies plus tard l’un de ses camarades de jeu. Mystérieux, même. Et, surtout, un peu triste. [...] Il était tout le contraire d’un garçon espiègle ou sportif. Toujours voûté, dans l’ombre, dans un coin. Ou regardant dans le vide, perdu, les yeux vitreux. » Tout change lorsque dans ce trou perdu de Patagonie le professeur d’éducation physique fait jouer ses élèves au football, résume Joaquín Castillo dans El País. Eliseo n’avait jamais touché un ballon. Et cela ne l’intéressait pas spécialement. Mais voilà : il avait un talent inné. Pour ceux qui l’entourent, c’est une révélation. Son école, son village s’enflamment. Sans le vouloir, avec réticence même, il devient une gloire locale, puis nationale. Capable de gestes techniques et poétiques inouïs, il a toujours refusé la gloire et les projecteurs.
L’écrivain argentin Eduardo Berti construit un roman à partir de ce personnage imaginaire, un génie du foot malgré lui, dans les années 1960, dont il ne reste aucune trace visuelle mais qui est dans toutes les mémoires. Les voix des témoins forment une vérité incertaine à laquelle le lecteur doit décider d’y croire ou pas. Installé en France, Berti est déjà l’auteur d'une vingtaine de romans et d’essais, dont beaucoup traduits en français. « La première impulsion quand on commence le livre, c’est d’aller sur Google pour voir qui est Eliseo Alegre et s’il a vraiment existé », lui fait observer le journaliste Cristian Piazza sur le portail littéraire Zenda. Réaction de Berti : « Google a foutu en l’air la vie des écrivains. Jorge Luis Borges nous faisait croire à l’existence d’un livre jamais écrit. Nous n’avions pas Google pour dissiper nos doutes et nous devions travailler dur pour savoir si c’était vrai. »
