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Qui gouverne l’Iran ?

Quoi qu’on en dise, le président Ahmadinejad n’est pas maître du jeu à Téhéran. Mi-théocratie, mi-démocratie, la République islamique est un régime indéfinissable, d’abord dominé par ses luttes internes.

Les dirigeants américains collent à l’Iran quantité d’étiquettes, le qualifiant – sans la moindre ironie – de militariste, d’agressif, d’expansionniste, d’interventionniste, voire d’hégémonique et impérialiste. Les médias leur font souvent écho, représentant le pays comme un métis de l’Empire perse et du IIIe Reich, avide de rétablir la Pax iranica dans la région. Les néoconservateurs vont plus loin encore, prétendant que l’Iran a « déclaré la guerre » aux États-Unis en 1979 ; que les deux pays sont engagés dans une lutte « à la vie à la mort » ; qu’il s’agit de la Quatrième Guerre mondiale (la troisième étant la guerre froide) ; et que le président Mahmoud Ahmadinejad est à la tête d’un mouvement islamo-fasciste visant à recréer le califat des premiers temps de l’Islam.

Voilà qui nécessite d’être sérieusement confronté à la réalité. L’Iran consacre 6 milliards de dollars par an à sa défense : la Turquie et Israël dépensent chacun plus de 10 milliards, l’Arabie Saoudite 21 milliards ; et l’Iran est battu à plate couture par les émirats du Golfe, ces stations-service déguisées en États. Quant aux États-Unis, c’est plus de 700 milliards de dollars qu’ils injectent chaque année dans leur machine de guerre. Avant la révolution de 1979, l’Iran consacrait à l’armée quelque 18 % de son PIB ; le chiffre est aujourd’hui de moins de 3 %. Cela n’a pas empêché [le vice-président] Dick Cheney, au cours de sa dernière visite dans la région, de proposer aux pétromonarchies pour 36 milliards de dollars d’armement, afin de parer à la menace iranienne. Dans un rare moment de franchise, un ancien commandant des forces américaines au Moyen-Orient a reconnu que l’Iran était un « moustique » qu’on écraserait d’une pichenette.


Les pouvoirs étendus du clergé

Sans aucun doute, un réel conflit d’intérêts oppose les États-Unis et l’Iran – a fortiori quand l’intérêt national est défini par les ultras de chaque pays. La doctrine Bush a ainsi affirmé tout de go que les États-Unis resteraient l’unique superpuissance du XXIe siècle à condition de prévenir l’ascension de puissances concurrentes et de recourir au « changement de régime » et aux « frappes préventives » pour empêcher l’émergence de puissances régionales susceptibles de menacer les « intérêts vitaux américains ». C’était aller au-devant de l’affrontement, dès lors que l’Iran considère naturellement le Golfe comme son voisinage immédiat et que nul intérêt n’est plus vital pour les États-Unis que le pétrole, même si le mot est soigneusement évité. La doctrine Bush n’a peut-être pas encore été officiellement enterrée, mais les États-Unis expriment désormais clairement leur désir de cohabiter avec la République islamique – pour autant qu’elle ne menace pas activement leurs intérêts en essayant de se doter d’armes nucléaires.

L’Iran n’est pas un État totalitaire : la Constitution islamique, rédigée aux premiers jours de la révolution, est un texte hybride, cocktail de démocratie et de théocratie, de vox populi et de vox dei, de souveraineté populaire et d’autorité cléricale ; une combinaison des théories modernes du gouvernement et de la notion de Velayat e-faqih (gouvernement du docte) forgée par Khomeiny. Selon lui, le clergé – en l’absence de l’Imam caché, ce messie dont les chiites attendent le retour – est le véritable garant de l’État (1). Après tout, la charia, la loi divine, a été transmise pour guider la communauté sur le droit chemin ; puisque le clergé a les compétences pour la comprendre, l’interpréter et la mettre en œuvre, il lui revient de gouverner.

La Constitution donne donc au clergé des pouvoirs étendus. Elle stipule que le Rahbar – le « Guide de la révolution », plus connu en Occident sous le nom de « Guide suprême » – doit être un « clerc qualifié » élu par l’Assemblée des experts (2). Il a autorité non seulement pour « superviser » et « guider » la République, mais aussi pour « déterminer les intérêts de l’islam ». Il désigne les commandants des forces armées, le directeur de la radio-télévision nationale, les dirigeants des principales fondations religieuses (3), les imams qui dirigent la prière et les membres des Conseils de sécurité nationale chargés de la défense et des affaires étrangères. Il nomme aussi le chef de l’autorité judiciaire, le procureur général, les tribunaux d’exception et, avec l’aide de la haute autorité judiciaire, les douze membres du Conseil des gardiens de la Constitution – une Cour suprême améliorée qui peut à la fois invalider les candidatures aux élections et opposer son veto aux propositions de loi jugées non conformes à la Constitution ou à l’islam. Il examine aussi les candidatures à l’Assemblée des experts (on a vu des théologiens de renom se faire recaler). Non seulement cette assemblée élit le Guide suprême, mais elle peut aussi le démettre pour raisons de santé ou incompétence.

Parallèlement, la Constitution comporte des éléments de nature plus démocratique. Les citoyens – par la grâce du suffrage universel et du vote à bulletin secret – élisent les conseils municipaux, le président et le Parlement, ainsi que l’Assemblée des experts. Le Parlement a le pouvoir de faire et défaire les ministres, il approuve le budget, enquête sur les sujets d’importance nationale et peut décider l’empêchement du président. En tant que chef de l’exécutif, le président nomme les ambassadeurs, les gouverneurs des provinces et, avec l’approbation du Parlement, les ministres.

Khamenei, arbitre suprême

La contradiction inhérente à ce mélange de théocratie et de démocratie est restée sous contrôle tant que l’Iran fut en guerre contre l’Irak et que la personnalité charismatique de Khomeiny domina la scène politique. Mais la fin du conflit, en 1988, et la mort de Khomeiny, un an plus tard, ont ouvert la voie à une rivalité déclarée entre les deux ailes du mouvement révolutionnaire. Le nouveau Guide suprême, Ali Khamenei, n’avait en effet ni le charisme ni la stature religieuse de son prédécesseur – il avait fallu l’élever à la hâte au rang d’ayatollah. Sous Khomeiny, il avait notamment animé un réseau religieux au sein des forces armées et dirigeait la grande prière du vendredi à Téhéran. Khamenei a poursuivi la politique d’équilibre entre les factions de Khomeiny, veillant à ce qu’aucun des deux camps n’acquière trop de pouvoir. Devenu Guide suprême, il a abandonné sa pipe – qui sentait un peu trop l’intellectuel occidental – et cultivé ses liens avec le clergé responsable des principales fondations religieuses, particulièrement dans les séminaires de Qom et de sa ville natale, Machhad. Sous sa tutelle, le régime ressemble davantage à une oligarchie cléricale qu’à une autocratie. Les maximalistes voient dans la République islamique une étape intermédiaire sur la voie d’un imamat absolu, où le Guide suprême gouvernera comme seul repr

ésentant de l’Imam caché. Les minimalistes – souvent appelés « réformateurs » en Occident – espèrent que la République se démocratisera progressivement sous la pression populaire, le Guide suprême ne jouant bientôt plus guère qu’un rôle de figurant.

Dans les années 1990, les minimalistes, conduits par le président Mohammad Khatami, ont remporté d’écrasantes victoires électorales. Et adopté rapidement plus d’une centaine de réformes, parfois en contradiction flagrante avec les interprétations traditionnelles de la charia. Ils ont supprimé les différences de statut juridique entre musulmans et non-musulmans, ainsi qu’entre hommes et femmes ; relevé l’âge du mariage [passé de 9 à 13 ans pour les filles, NdlR] ; décrété l’égal partage des biens entre époux divorcés ; ratifié la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (texte trop radical pour s’attirer la moindre considération du Congrès américain) ; adopté le système de jugement par jury ; renforcé l’interdiction constitutionnelle de la torture en définissant la privation de sommeil et l’isolement carcéral comme des formes de torture ; mis en place un tribunal de la presse pour protéger les journaux d’un appareil judiciaire conservateur ; et, comble de l’audace, tenté de dépouiller le Conseil des gardiens de son droit de veto sur les candidatures aux élections. Il fut même question d’un référendum national pour rogner les pouvoirs des institutions non élues.

Mais le paysage électoral a été profondément bouleversé au début de la décennie 2000. En partie parce que Khatami n’a pu tenir ses promesses : les conservateurs du Conseil des gardiens ont opposé leur veto à de nombreuses réformes, et il n’a pas osé croiser le fer avec eux. Mais le principal agent du changement fut George Bush, qui attribua en 2002 à l’Iran une place de choix sur son Axe du Mal, malgré l’aide que Téhéran venait d’apporter aux États-Unis dans le renversement des talibans et l’installation d’Hamid Karzaï à Kaboul. Le camouflet se fit plus rude encore en 2003, quand une administration Bush, forte de sa victoire rapide sur Saddam Hussein, repoussa dédaigneusement une offre iranienne de « grand marchandage ». Même si la Maison-Blanche le nie, des fuites émanant du département d’État confirment que l’Iran proposa alors d’accepter le renforcement des inspections nucléaires, de contribuer à la stabilisation de l’Irak, de coopérer à la traque d’Al-Qaida et d’user de son influence auprès du Hamas et du Hezbollah pour refréner leurs activités ; en contrepartie, Téhéran demandait aux États-Unis de reconnaître le statut de puissance régionale de l’Iran et de renoncer à toute velléité de « changement de régime ». Dans son livre Ahmadinejad. The Secret History of Iran’s Radical Leader, Kasra Naji nous offre un récit précis et édifiant du déclin de la faction réformatrice, même s’il a tendance à sous-estimer le rôle joué involontairement par l’administration Bush.

Un président élu par défaut

Avec des réformateurs totalement désenchantés et désemparés, l’ancien maire de Téhéran Mahmoud Ahmadinejad n’a pas eu de mal à conquérir la présidence en 2005. En promettant de garder la tête haute face à l’« arrogance » américaine, de renforcer la sécurité nationale, de redistribuer la richesse, de supprimer le chômage, d’honorer à leur juste valeur les anciens combattants et, plus généralement, de raviver le sens du sacrifice qui avait caractérisé la Révolution islamique. À la veille du scrutin, George Bush donnait un nouveau coup de main à Ahmadinejad en déclarant les élections iraniennes dénuées de sens. De quoi doper sa base politique – environ 25 % de l’électorat –, faite des anciens combattants, des gardiens de la révolution et des plus pieux, dont bon nombre étaient issus des classes populaires urbaines. Au premier tour, les électeurs réformateurs sont restés chez eux ou ont dispersé leur vote sur les différents candidats modérés en compétition. Au second tour, réduits à choisir entre Ahmadinejad et l’ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, quintessence de l’establishment, ils s’abstinrent plus nombreux encore, notamment les cadres et les femmes diplômées. Loin d’être porté par un basculement réel de l’opinion publique, Ahmadinejad l’a emporté par défaut.

Depuis, toutes les occasions lui furent bonnes pour ranimer la rhétorique révolutionnaire. Mais son pouvoir n’est pas sans limites : il dirige le gouvernement, mais il ne choisit pas seul ses ministres. Il jouit d’un mandat de quatre ans, au terme duquel il lui faudra se faire réélire à la présidentielle de juin 2009 ; une hypothèse rendue improbable par l’inflation galopante. En outre, même s’il a accès au Guide suprême, il est loin d’être son seul conseiller. Khamenei consulte aussi des réformateurs comme Khatami, des experts du ministère des Affaires étrangères, dont beaucoup sont des conservateurs modérés, ainsi que Rafsandjani, le modèle même du conservateur pragmatique. Malgré sa défaite électorale de 2005, Rafsandjani reste en effet l’homme politique le plus puissant du pays après Ali Khamenei. Il préside l’Assemblée des experts ainsi que le Conseil de discernement, chargé de résoudre les litiges entre le Parlement et le Conseil des gardiens. De plus, en tant que membre fondateur de la République islamique et l’un des plus proches conseillers de Khomeiny en son temps, il possède un immense réseau parmi la génération de la révolution.

L’offre iranienne rejetée par Bush

Ahmadinejad s’est servi de cette « extraordinaire tribune » qu’est la présidence, selon le mot de Theodore Roosevelt, pour ressusciter le célèbre slogan de Khomeiny : « L’Amérique ne peut absolument rien faire » – lequel semble encore plus pertinent aujourd’hui, avec un « Grand Satan » pris au piège de l’enfer irakien (et afghan). Il a affirmé qu’Israël était incapable de frapper l’Iran seul. Il a repris la litanie de Khomeiny, selon laquelle l’État d’Israël n’aurait jamais dû être créé, et il a désavoué la position prise par Khatami : l’Iran était prêt à accepter une solution sur la base de deux États si les Palestiniens la jugeaient acceptable. Pour couronner le tout, il a mis en doute la réalité de l’Holocauste et organisé à Téhéran, à grand fracas, une « conférence internationale » sur le sujet. Tout cela a fait se dresser bien des sourcils, tant en Iran qu’en Occident. Comme le souligne Naji, « il n’a pas vu qu’en jouant la carte de l’Holocauste, il faisait paraître raisonnable et légitime l’hostilité de l’Amérique et d’Israël envers l’Iran ». Il n’empêche que cette rhétorique l’aide à consolider sa base électorale.

Il s’est aussi servi des défilés militaires pour exhiber les missiles iraniens, avec l’intention manifeste de faire passer le message qu’ils pourraient bien être dirigés contre Israël. Même s’il est permis de douter de la capacité de ces armes, ce type de démonstration permet au régime de vanter sa puissance militaire auprès de ses propres citoyens. Et fournit parallèlement aux médias occidentaux une merveilleuse occasion de présenter le régime comme une menace. Dans la même veine, Ahmadinejad a retourné l’adage de Theodore Roosevelt – « parler doucement mais porter un gros bâton » –, en exagérant l’état d’avancement du programme nucléaire et en promettant de partager les connaissances du pays en la matière avec d’autres « États musulmans ». À ses yeux, la question nucléaire est une sorte de remake de La Fureur de vivre, où le programme iranien est un véhicule sans freins ni marche arrière dévalant une rue à sens unique. Qui plus est, il a envoyé des lettres d’« inspiration » – dans la tradition de Khomeiny et du Prophète – aux dirigeants de la planète. Sa missive à Angela Merkel présente l’Allemagne en victime innocente de la Seconde Guerre mondiale. Pareilles effusions, rappelle Naji, ne sont pas seulement l’expression du caractère va-t-en-guerre d’Ahmadinejad, mais aussi de son intime méconnaissance du monde extérieur.

Les déclarations du président iranien ont consterné les réformateurs, les modérés et jusqu’aux conservateurs iraniens ; tous ceux qui comprennent à quel point ces propos donnent des cartouches aux jusqu’au-boutistes de Washington, isolent l’Iran de l’Europe et privent le pays de l’accès à la technique nécessaire à l’exploitation de ses vastes réserves de gaz (les compagnies pétrolières occidentales ont le monopole de la technologie). Une exploitation qui permettrait à l’Iran de résoudre son principal problème de long terme : créer des emplois pour les diplômés de plus en plus nombreux que compte le pays. Au cours des trente dernières années, le niveau de vie de la population s’est considérablement amélioré, le système éducatif a été développé, la mortalité infantile réduite, l’espérance de vie a augmenté ; les campagnes ont vu arriver l’eau, l’électricité et les dispensaires. Au cours des prochaines décennies, l’Iran aura besoin d’un flux substantiel d’investissement et de technologie pour consolider ces acquis.

Le nucléaire fait l’unanimité en Iran

Dans ce contexte, la déconfiture des néoconservateurs américains pourrait bien aiguiser les divergences entre minimalistes et maximalistes à Téhéran. Certes, les deux camps continuent de se méfier au plus haut point des États-Unis et les deux camps sont résolus à protéger la République islamique, à faire de l’Iran une puissance qui compte dans la région et à défendre les intérêts du pays partout dans le monde. Les deux camps sont également dévoués à la cause de l’énergie nucléaire, en partie pour des raisons de prestige national – plus de 90 % de la population soutient le programme –, en partie pour pouvoir fabriquer rapidement des armes nucléaires en cas d’urgente nécessité. La majorité des Iraniens, toutes familles politiques confondues, ont retenu la leçon de la guerre Iran-Irak : l’apathie de la communauté internationale face à l’usage par Saddam Hussein des armes chimiques et biologiques contre les troupes iraniennes. Même le dissident Akbar Ganji, un extrême-minimaliste, partage la conviction que l’Iran a droit au nucléaire. Dans The Road to Democracy in Iran, il écrit : « En traitant avec le monde musulman, ou d’autres pays du tiers-monde, l’Occident doit éviter le “deux poids deux mesures” – par exemple, la politique qui consiste à fermer les yeux sur les bombes atomiques israéliennes tout en niant à l’Iran ne serait-ce que le droit d’enrichir l’uranium pour accéder à l’énergie nucléaire. »

Il existe cependant une différence importante entre minimalistes et maximalistes sur cette question. Les premiers aimeraient continuer à avancer comme ils l’ont fait au cours de ces vingt dernières années, développer le programme lentement, acquérant ainsi les connaissances et l’équipement nécessaires, à longue échéance, à la fabrication d’armes. Dans le jargon atomique, c’est l’« option japonaise ». Une trentaine de pays l’ont adoptée, et ce fut sans doute pendant toutes ces années le but inavoué de l’Iran. Il est dans l’intérêt national de posséder la capacité de fabriquer la bombe ; il n’est pas dans l’intérêt national de posséder la bombe elle-même. Au contraire, cela nuirait à la sécurité nationale, en incitant les États-Unis (ou Israël) à attaquer.

Le risque, aujourd’hui, serait que des maximalistes comme Ahmadinejad soient tentés de profiter de la débâcle américaine en Irak pour accélérer le rythme, menacent de se retirer du Traité de non-prolifération et cherchent à forcer la porte du club des détenteurs de l’arme atomique. Posséder une bombe ou deux flatterait l’orgueil national et créerait l’illusion trompeuse que l’Iran peut faire contrepoids à l’immense arsenal d’Israël et des États-Unis. Mais cela ne manquerait pas de lui aliéner l’Europe, de renforcer la paranoïa israélienne, d’inciter les États-Unis à renforcer les sanctions, voire de provoquer des frappes aériennes. Les minimalistes, eux, sont de plus en plus inquiets. Et Khamenei a beau partager les positions anti-américaine et anti-israélienne d’Ahma-dinejad, rien ne dit qu’il soit prêt à courir le risque de graves représailles américaines.

Cela dit, les deux camps semblent inconscients des ressemblances entre les présidents Bush et Ahmadinejad. Le premier est entré à la Maison-Blanche sur un programme de « conservatisme compassionnel », en représentant des « gens simples » et fiers d’avoir Jésus-Christ pour « philosophe » préféré. Le second s’est présenté comme un conservateur « à principes », en promettant des mesures populistes et un retour aux valeurs révolutionnaires, en critiquant les représentants de l’establishment comme Rafsandjani et en prétendant sentir la présence réelle de l’Imam caché. Bush savait que, pour entrer à la Maison-Blanche, il devait séduire bien au-delà de sa base électorale évangéliste ; Ahmadinejad a compris que, pour l’emporter, il lui fallait courtiser des électeurs bien au-delà de sa base « radicale » tout en dissuadant les réformateurs d’aller voter. Ni Bush ni Ahmadinejad n’auraient conquis la présidence sans la main secourable de leurs Cours suprêmes. Bush a réduit les impôts, Ahmadinejad parcourt les provinces en distribuant du cash. Il passe son temps pendant les réunions ministérielles à dessiner les boulevards le long desquels sera célébré le retour de l’Imam caché, pendant que l’administration Bush a passé son temps à assurer aux chrétiens messianiques que le retrait d’Israël de Gaza ne différerait pas le retour du Messie. Au moment où l’Iran et les États-Unis s’apprêtent à aborder une période cruciale de négociations, il nous faut espérer que les responsables politiques au pouvoir à Téhéran comme à Washington posséderont une meilleure appréhension de la réalité.


Traduit de l’anglais par Dominique Goy-Blanquet.

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Ahmadinejad. L’histoire secrète du leader radical iranien de Max Weber entre démons et passions, University of California Press

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