Si les arbres pouvaient parler…

Plus de 125 000 personnes sont portées disparues au Mexique, la grande majorité depuis 2007 – dont beaucoup de mineurs. Dû à la prégnance des cartels de la drogue, le problème s’est encore accentué ces dernières années. Depuis que Claudia Sheinbaum a pris ses fonctions en octobre 2024, quelque 14 000 personnes ont disparu, soit 20 % de plus qu’en 2024, indiquent les statistiques officielles. Plus de 5 700 fosses communes ont été découvertes.  


La romancière mexicaine Alma Delia Murillo aborde cette tragédie dans une œuvre de fiction inspirée par des entretiens avec des mères de disparus. Elle met en scène Ada, à la recherche de son fils Marcos, qui avant d’aller à l’école avait l’habitude de lui laisser une lettre. Il apparaît dans ses rêves, elle le voit tenter de lui dire où on l’a emmené. Ada craint de mourir avant de le retrouver. Elle se persuade qu’elle doit le chercher dans une fosse commune creusée sous un arbre. « Les mères savent lire les forêts, elles savent lire la végétation et détecter où il peut y avoir quelque chose », dit la romancière dans une conférence rapportée par le journal mexicain Crónica. « Elles me le disent : si les arbres pouvaient parler... Cela m’a amenée à réfléchir à l’intelligence végétale. » Elle a découvert que la végétation peut réagir à l’excès d’azote et à d’autres composants biotiques des cadavres qui se désintègrent dans la terre. D’où le titre du roman : « une racine qui ne disparaît pas ».


Le croisement entre l’inexplicable et le réel donne le ton du roman, écrit le journaliste de Crónica. La première phrase du livre est « Ce n’est pas vrai, mais c’est la vérité ». À force d’explorer les horreurs qui nourrissent son roman, Alma Delia Murillo est tombée malade. « Le résultat d’un traumatisme accumulé », dit-elle. 


Elle ne ménage pas la société mexicaine, à commencer par les autorités. « Il y a toujours un procureur, un policier, un militaire impliqué dans une disparition. Il y a parfois des fonctionnaires honnêtes, mais ils sont minoritaires. Peut-être que le gouvernement n’enquête pas parce qu’il devrait enquêter sur lui-même. »

LE LIVRE
LE LIVRE

Raíz que no desaparece de Alma Delia Murillo, Alfaguara, 2025

Dans le magazine
BOOKS n°123

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