La meilleure arme de guerre : le cerveau
Publié en janvier 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
En mai 1940, les Allemands avaient moins de soldats entraînés, moins d’armes à feu, moins de tanks et moins d’avions que les Français, écrit Nicholas Wright dans son livre sur le cerveau et la guerre. « Mais les professionnels de la Wehrmacht avaient réfléchi aux moyens de doper les facultés cérébrales pour exploiter l’effet de choc, la créativité, la ruse, la volonté et l’habileté », tandis que les Français, qui se reposaient sur leurs lauriers, ont vu leur volonté s’effondrer. Wright est un neuroscientifique britannique conseiller du Pentagone. Dans son livre il engage le lecteur dans une exploration progressive des fonctions du cerveau impliquées dans la guerre, en commençant par le tronc cérébral, qui gère la douleur, pour aboutir au cortex frontal, temple de la connaissance de soi. Une guerre mobilise toutes nos fonctions, des plus animales aux plus sophistiquées, et si l’on veut éviter de perdre la prochaine et, mieux, éviter qu’elle se déclenche, il importe d’en prendre conscience. Le moral des troupes et celui de la nation ont autant d’importance que la qualité des réflexions menées sur ce qui se passe dans le cerveau de l’ennemi, à commencer par celui du dirigeant suprême. En bon neuroscientifique, Wright insiste sur la faculté qu’a notre cerveau de créer des illusions et propose une synthèse des études menées sur la psychologie de guerre. L’approche n’est pas si nouvelle, si l’on en juge par cet extrait qu’il cite d’un manuel de psychologie des forces armées américaines de 1943 : « Prenez l’avantage sur le cerveau de l’autre, utilisez ses propres règles pour le tromper, pour lui faire percevoir quelque chose qui n’est pas réel. » Il reste que les progrès de la neurobiologie, ceux aussi de l’intelligence artificielle, nous invitent à beaucoup affiner notre réflexion. « Comprendre les modèles sur lesquels fonctionne notre cerveau nous aide à prédire notre avenir », écrit-il.
