En Bolivie, un jésuite prédateur sexuel bien protégé
Publié en janvier 2026. Par Carlos Schmerkin.
Dei non hominum est episcopos iudicare (« C’est à Dieu, et non aux hommes, de juger les évêques »), affirme une inscription sur une fresque de Raphaël au Vatican. Le journaliste espagnol Julio Núñez Montaña pense différemment. Il relate ici son enquête sur le cas d’Alfonso Pedrajas, surnommé « Padre Pica », un jésuite espagnol qui a abusé sexuellement de près d’une centaine d’enfants dans un internat de Bolivie. Ce dont attestent ses Mémoires retrouvés après sa mort en 2009 par son neveu dans un grenier à Madrid. Ils confirment ses crimes et surtout révèlent la complicité de la hiérarchie ecclésiastique pour les étouffer.
Après avoir analysé de près les quelque 300 pages de ce document exceptionnel, Núñez Montaña a rencontré certaines des victimes et des proches du prêtre, qui en 2000 avait avoué son homosexualité et présenté publiquement son compagnon. Núñez Montaña retrace dans son livre le parcours du « Padre Pica », depuis le recrutement d’enfants défavorisés mais brillants à travers toute la Bolivie jusqu’à la création d’un système d’abus systématiques dans l’internat Juan XXIII, à Cochabamba, un établissement où les élèves étudiaient pendant la journée et l’après-midi travaillaient dans le potager ou fabriquaient du pain.
Deux ans avant la sortie de son livre, la publication des résultats de son travail d’investigation dans le journal El País a provoqué un séisme en Bolivie. Le président Luis Arce a réagi publiquement et une enquête judiciaire a été ouverte contre la Compagnie de Jésus. Núñez Montaña craint que la structure labyrinthique et complexe de son livre nuise à la clarté du message : « Mon plan consistait à tout raconter en même temps, à travers une poignée d’histoires liées au journal d’Alfonso Pedrajas et à mon voyage en Bolivie, entremêlant chaque ligne temporelle et géographique afin que le lecteur suive le même chemin que moi », confie-t-il au portail Zenda. En pas moins de 85 chapitres, il espère éclairer l’un des scandales les plus sombres de l’Église catholique en offrant une plongée glaçante dans les rouages d’un système qui a protégé un prédateur pendant des décennies.
