À l’ère du selfie, retour sur le sens de l’autoportrait
Publié en février 2026. Par Carlos Schmerkin.
Pour réussir un autoportrait, quand on est peintre, il faut du talent. Pour un selfie, il suffit d’une pression du doigt. Et tandis que l’autoportrait signe une réflexion destinée à rencontrer le regard attentif d’un spectateur intrigué, « les selfies sont envoyés pour être consommés comme un fast-food boulimique et insubstantiel », écrit Manuel Alberca dans son livre consacré aux autoportraits réalisés par de grands peintres, pas tous célèbres, depuis le XVIe siècle. Après une vie de critique spécialisé dans la littérature autobiographique, désormais baptisée « autofiction », il plonge son propre regard dans les profondeurs d’un genre qui depuis longtemps le fascine.
Paradoxe assumé, l’auteur leste son ouvrage d’éléments autobiographiques, comme sa découverte dans un musée de Lyon de l’autoportrait d’un certain Louis Janmot, réalisé à 18 ans en 1832. Ce tableau l’a tellement impressionné qu’il l’a fait mettre en couverture de son livre. Dans une section intitulée « Galerie de mes favoris », il présente une sélection d’autoportraits qui l’ont particulièrement marqué. « Regarde-moi », titre du livre, désigne l’artiste qui souhaite qu’on le regarde, mais la véritable fonction de l’autoportrait est de se tourner vers soi-même, moins par narcissisme que dans une quête de connaissance de soi, estime Alberca. C’est ainsi qu’on peut interpréter les innombrables autoportraits de Rembrandt, depuis sa jeunesse flamboyante jusqu’à la décrépitude. Ou encore ce passage fameux d’une lettre de Courbet à son mécène : « J’ai fait dans ma vie bien des portraits de moi au fur et à mesure que je changeais de situation d’esprit. J’ai écrit ma vie en un mot. » C’est le sens du sous-titre : « Énigme et raison des autoportraits ».
On peut lire un extrait du livre sur Letras Libres. « Après cette lecture, nous ne regarderons plus un autoportrait de la même manière », écrit le journaliste Jean-Pierre Castellani sur le portail littéraire Zenda.
