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Cerveau et écriture : le cas des caractères chinois - Books

Cerveau et écriture : le cas des caractères chinois

Nous savons désormais comment le cerveau gère la lecture. En gros, pour cette activité récente du point de vue évolutif, nos ancêtres ont reconfiguré la zone dédiée à la reconnaissance des visages et des formes (VWFA) et celle-ci s’est connectée aux aires impliquées dans le langage, celle de Broca notamment (thèse du « recyclage neuronal » du professeur Dehaene). « La neuroscience de l’écriture est en revanche beaucoup moins étudiée » déplorent les auteurs de ce nouvel ouvrage qui croise les connaissances technologiques, linguistiques et neurologiques de trois spécialistes de ces différents domaines afin de « préciser comment l’acte d’écrire est déterminé à la fois par le langage et le système graphique utilisé, les instruments d’écriture employés, les capacités propres aux individus et leur aptitude à adopter les comportements physiques requis ». Ce processus – « la conversion d’une idée formulée dans le cerveau en une représentation physique » – est illustré par exemple par les symboles idéographiques que gravaient sur des écailles de tortue ou des omoplates de chameau les devins chinois, voici plus de 3 000 ans. Mais plus récemment tout a été bousculé par les développements technologiques qui ont suivi l’invention des caractères d’imprimerie mobiles et les innovations consécutives, de la sténotypie au clavier de machine à écrire ou d’ordinateur jusqu’aux correcteurs orthographiques et à l’intelligence artificielle. 


Or ces innovations ont à leur tour eu un impact majeur sur notre cerveau et l’obligent à se réorganiser à nouveau – ce que montre l’exemple chinois. En effet, les fondamentaux de ce qui est, sinon la plus vieille écriture du monde (les cunéiformes mésopotamiens ou les hiéroglyphes égyptiens ont précédé les idéogrammes), mais du moins la plus vieille encore en utilisation aujourd’hui, semblent en passe d’être révolutionnés par la technologie contemporaine. Les caractères chinois sont définis et ordonnés en fonction du nombre de traits dont ils sont formés, et de l’ordre dans lequel ces traits sont tracés (de haut en bas, puis de gauche à droite, puis de l’horizontal au vertical, puis de l’extérieur vers l’intérieur, etc.) ; et cet ordre est essentiel car c’est lui qui conditionne non seulement l’enseignement de l’écriture, mais aussi l’emploi des dictionnaires ou des claviers. Or la technologie actuelle vient d’induire une façon radicalement différente d’opérer. Avec l’omniprésent et incontournable iPhone, on commence par écrire sur le clavier en lettres latines le son auquel est associé le caractère que l’on veut utiliser ; puis les algorithmes proposent alors une sélection de caractères (neuf en général, potentiellement beaucoup plus) correspondant peu ou prou au son suggéré. C’est ainsi que les 24 lettres de nos alphabets permettent de produire via la transcription phonétique « pinyin » environ 400 caractères de base (1 300 avec les accents), lesquels sont remplacés sur l’écran par des idéogrammes puisés dans un stock riche de plusieurs dizaines de milliers, quoique dans le langage mandarin courant un demi-millier suffisent. Idem en japonais, sauf que la sélection propose trois graphies différentes : le caractères chinois kanji ou ceux des deux syllabaires phonétiques japonais, hiragana et katakana.


Dans tous ces cas, l’impact neurologique est manifeste : l’aire spécifique de production des caractères dans le cerveau devient sous utilisée tandis que les capacités apprises à l’école s’étiolent peu à peu, provoquant à terme une « amnésie de caractères ». Ce processus est parfois encouragé politiquement plutôt que déterminé par les opportunités technologiques, comme en Chine avec la simplification ainsi que la généralisation du pinyin impulsées par Mao (pourtant lui-même calligraphe réputé), ou en Corée du Nord, lorsque Kim Il-sung a ordonné l’élimination des « élitistes » hanja chinois et leur remplacement par l’alphabet phonétique-syllabique hangeul. 


C’est un vrai « pacte faustien » se lamente le linguiste Andrew Robinson dans la revue Nature : « Ce que les locuteurs ont gagné en facilité entraîne la perte de la pratique de l’infrastructure neuromotrice requise pour maintenir leur écriture complexe. » Facilité d’utilisation et libération de capacités cognitives par reconfiguration cérébrale d’un côté, lent effacement d’un art fondateur d’identité culturelle et politique peaufiné pendant cinq millénaires. Alors qu’en sera-t-il avec l’impact planétaire de l’intelligence artificielle ? Non seulement l’IA affecte (et simplifie encore) la transcription mais elle transforme désormais non seulement notre façon d’écrire (qualité du style, correction grammaticale, etc.) mais même le contenu des textes que nous produisons. On espère juste que les espaces ainsi libérés dans le cerveau seront réutilisés au meilleur escient…

LE LIVRE
LE LIVRE

Tools of the Scribe: How Writing Systems, Technology, and Human Factors Interact to Affect the Act of Writing de Brian Roark et al., Springer, 2026

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BOOKS n°123

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