Carlos Fuentes, le Sartre mexicain

Le crédit du grand écrivain est entamé, dans son pays, par ses sympathies prolongées pour la gauche autoritaire. Talent littéraire et aveuglement politique font parfois bon ménage.

Mon désaccord de lecteur avec Carlos Fuentes s’est produit en 1971. Dans les années 1960, j’avais admiré ses nouvelles et ses romans. Mais, après les répressions massives de Tlatelolco en 1968 et du Jeudi du Corpus en 1971, la foi étatiste émanant de son recueil d’essais Tiempo mexicano [« Temps mexicain »] me déconcerta (1). Je ne comprenais pas le mauvais usage que Fuentes faisait de l’histoire. Je ne comprenais pas sa façon d’aborder la réalité ni ne trouvais de justification à sa posture intellectuelle.

Ma génération tentait alors de réexaminer la réalité mexicaine (2). Parce que l’histoire avait engendré la mort, la vérité historique devenait à nos yeux une question de vie ou de mort. Précisément à ce moment, Fuentes écrivit une phrase éloquente : « La littérature dit ce que l’histoire cache, oublie ou mutile. » Son œuvre commençait à nous convaincre, dans son cas, du contraire.

À la différence des autres écrivains mexicains, Fuentes ne faisait que frôler la réalité mexicaine, l’écoutant de l’extérieur. Dans ses textes, le Mexique était un matériau de fiction, presque jamais ...

LE LIVRE
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La Mort d’Artemio Cruz de Carlos Fuentes, le Sartre mexicain, Gallimard,

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