Charlemagne, le faux père de l’Europe

Fondateur d’un empire qui s’étendait à l’essentiel du continent, Charlemagne n’a pas pour autant créé l’Europe, quoi qu’en dise la légende forgée par les romantiques allemands et les nazis. L’obsession de ce conquérant brutal était d’unifier l’Occident chrétien, non une Europe dont il n’avait pas même l’idée.

« Le père de l’Europe », c’est ainsi qu’un poète de son époque surnomme déjà l’empereur. « L’histoire de Charlemagne est celle de l’Europe », renchérit aujourd’hui l’historien Dieter Hägermann dans une récente biographie (1). Il y a 1 200 ans, dans l’entourage de ce « grand Européen », le concept si souvent évoqué ne jouait pourtant aucun rôle. Ni son biographe Eginhard, qui vécut plusieurs décennies à la cour d’Aix-la-Chapelle, ni les Annales de l’empire n’en disent mot (2). Il semble que ce furent avant tout des étrangers cultivés, irlandais et anglo-saxons, qui en parlèrent. Pas les Francs. Pour l’Anglo-Saxon Alcuin, l’un des précepteurs de Charlemagne, la notion était au demeurant purement géographique. Il est vrai qu’un autre Anglo-Saxon, Cathwulf, exhorte l’empereur, dans une lettre écrite vers 775, à honorer le Seigneur en ces termes : « Dieu t’a élevé pour servir la gloire du royaume européen. » Quoi que cela ait signifié, il s’agissait avant tout d’un panégyrique, et non d’un programme émanant du centre du pouvoir carolingien.   Pas une année sans guerre Le ...
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Charlemagne, le maître de l’Occident de Charlemagne, le faux père de l’Europe, Propylären Verlag

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