Défense et illustration du bourdon
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Défense et illustration du bourdon

Plus sympathique que sa cousine l’abeille (il ne pique pas), le bourdon est aussi un pollinisateur redoutablement efficace. Il est même indispensable à la reproduction de certaines plantes : sans lui, nous aurions bien du mal à trouver des tomates ! L’insecte est aujourd’hui menacé. En cause, l’agriculture intensive, qui fait disparaître les fleurs sauvages dont il se nourrit.

Publié dans le magazine Books, septembre 2014.

Depuis plus d’un siècle, la protection des insectes en Angleterre dépend de la passion et de la force de persuasion d’un petit nombre d’individus extraordinaires qui connaissent à fond leurs espèces préférées et ont le don de communiquer leur enthousiasme. L’un d’eux est le professeur Dave Goulson, de l’université de Stirling, probablement le plus éloquent avocat de la protection des bourdons (espèce d’abeille du genre Bombus). Son nouveau livre fait le récit de ses recherches pionnières sur ces insectes charismatiques, évoque la genèse de sa motivation à les protéger et le résultat de ses efforts pour rallier d’autres personnes à cette cause très méritante. Il existe dans le monde quelque 250 espèces de bourdon, qui se distinguent des autres insectes en ce qu’ils sont mieux représentés dans les climats tempérés que dans les climats tropicaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Grande-Bretagne peut s’enorgueillir d’héberger plus d’une vingtaine d’espèces. Les bourdons sont doués pour limiter la perte de chaleur ; leur corps velu est un bon isolant, et ils peuvent faire vibrer leurs muscles pour battre des ailes deux cents fois par seconde afin de maintenir une température corporelle de 35 °C, même quand la température ambiante descend à 5 °C. Cette thermorégulation est extrêmement énergivore ; comme l’explique Goulson, « lorsqu’il court, un homme consomme en une heure les calories d’une barre chocolatée Mars ; un bourdon de la taille d’un homme consommerait la même quantité en moins de trente secondes ». Le plus étonnant est que les bourdons arrivent à se procurer assez d’énergie pour survivre, puisque le pollen et le nectar des fleurs sont une source d’alimentation tout à fait imprévisible, très dispersée et éphémère dans le meilleur des cas. Lorsqu’ils sont en quête de pollen et de nectar, les bourdons favorisent la pollinisation de toutes sortes de plantes. Ces dernières années, ils se sont rendus presque indispensables pour gérer la pollinisation de certaines cultures. Contrairement aux abeilles plus largement exploitées, les bourdons pratiquent la pollinisation vibratile : certaines plantes ne libèrent leur pollen que si l’on fait vibrer leurs anthères à une fréquence particulière, et les bourdons ont l’art de saisir les anthères de ces plantes et de les faire vibrer pour en détacher (puis récupérer) les grains de pollen. Les tomates font partie des cultures qui reposent sur la pollinisation vibratile. Goulson explique que l’usage commercial des bourdons pour la pollinisation a longtemps été entravé, faute d’un système permettant de les élever en captivité. Mais une fois cet obstacle surmonté, la production commerciale a démarré pour de bon. On dénombre aujourd’hui dans le monde plus de trente usines produisant chaque année plus d’un million de colonies de bourdons pour la pollinisation commerciale des tomates et d’autres plantes, surtout en serre. Sur le plan économique, on peut citer parmi les avantages de la pollinisation par les bourdons un meilleur rendement, des coûts de production réduits (les tomates de serre étaient auparavant pollinisées par des humains agitant des « baguettes » vibrantes), et peut-être des fruits plus savoureux. Le hic, c’est quand les bourdons s’échappent de la serre ou des champs cultivés pour se promener dans des paysages étrangers, où ils sont susceptibles de transmettre des maladies aux populations à risques et de se croiser avec les bourdons locaux. L’apparition soudaine du bourdon…
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