Homos et fiers de l’être en Chine
par Jiayang Fan

Homos et fiers de l’être en Chine

Pour fêter le premier anniversaire de leur rencontre, le jeune Sun Wenlin et son compagnon Hu Mingliang ont voulu s’offrir un cadeau spécial en publiant leurs bans. Déboutés par l’administration, ils ont porté en justice la question du mariage pour tous. Leur histoire témoigne de l’essor impressionnant du mouvement homosexuel en Chine.

 

Publié dans le magazine Books, janvier / février 2017. Par Jiayang Fan
Comme tant de jeunes gens dans la Chine d’aujourd’hui, les deux hommes se sont rencontrés sur Internet. Un « coup de foudre », se souvient Sun Wenlin, consultant en informatique et, à 26 ans, le cadet. Hu Mingliang, 37 ans, moins à l’aise, travaille comme agent de sécurité. En juin 2015, pour le premier anniversaire de leur rencontre, ils se sont rendus au bureau local de l’état civil pour demander l’autorisation de publier les bans. Face à la fin de non-recevoir de l’administration, Wenlin a décidé d’intenter une action en justice pour revendiquer la légalisation du mariage homosexuel. À la différence de dizaines de millions d’autres Chinois, il refusait de se résigner à la négation de son identité sexuelle par l’État. Une première ! Le tribunal a débouté les deux hommes de leur ­requête, mais, entre-temps, l’affaire leur avait valu ­attention et soutien dans le monde ­entier. En d’autres termes, la démarche de Wenlin et Mingliang  n’a pas seulement ­témoigné de leur engagement amoureux. Elle a incontestablement représenté un pas en avant pour les droits des minorités sexuelles dans le pays. Les deux hommes avaient pourtant emprunté des chemins assez différents – l’un vient de la campagne, l’autre de la ville –, tracés à la fois par les contradictions actuelles du pays et par la longue histoire de l’homosexualité en Chine. Longtemps – jusqu’au milieu du XVIIIe siècle dans les grandes lignes –, le phénomène est resté bien accepté socialement. Selon le sociologue Chou Wah-shan, auteur de Tongzhi in China: Politics of Same-Sex Eroticism, les relations homosexuelles ne renvoient alors, dans l’imaginaire social, ni à l’érotisme ni à l’homophobie, mais aux différences de classe ; les contes ­populaires mettent volontiers en scène un empereur ou un seigneur et son amant de rang inférieur. C’est seulement au xixe siècle, au contact des Européens et des missionnaires, que l’homosexualité est redéfinie comme un péché et un signe d’arriération. Face à l’avance scientifique occidentale, les intellectuels progressistes entendent importer les idées venues d’Europe. Et ils rangent la pratique dans la même ­catégorie que les pieds bandés et la ­polygamie ; autant de signes d’une mentalité féodale à bannir pour voir naître une Chine nouvelle, plus forte. Durant la période maoïste, le Parti communiste chinois condamne sans équivoque toute orientation sexuelle ou modèle familial s’écartant de la norme hétérosexuelle, par souci d’homogénéité sociale et de pureté idéologique. Dans les années 1960 et 1970, l’homosexualité commence à être qualifiée de maladie psychiatrique. Et les relations entre gays ou lesbiennes sont criminalisées jusque dans les années 1990, via la loi contre le « hooliganisme » [qui réprime notamment la sodomie]. Enfin dépénalisée en 1997, l’homosexualité ne disparaît cependant de la liste des maladies mentales qu’en 2001. Depuis, son statut juridique reste une question ouverte. Le gouvernement maintient son silence ­officiel tout en refusant de reconnaître le concubinage entre personnes de même sexe et de prévoir des mesures antidiscrimination sur le lieu de travail. « La société chinoise a toujours donné la priorité au collectif sur l’individuel, explique Yu Haiqing, spécialiste de…
Pour lire la suite de cet article, JE M'ABONNE, et j'accède à l'intégralité des archives de Books.
Déjà abonné(e) ? Je me connecte.
Imprimer cet article
0
Commentaire

écrire un commentaire