Juive, philosophe, sainte
Publié en janvier 2026. Par Books.
Déjà auteure de biographies de Virginia Woolf et Victoria Ocampo, l’Argentine Irene Chikiar Bauer consacre son dernier livre à l’une des figures féminines les plus complexes et fascinantes du XXe siècle, l’Allemande Edith Stein. Juive croyante devenue athée, philosophe du calibre de son maître Edmund Husserl, militante féministe, elle s’est convertie à un catholicisme de plus en plus exalté. Entrée au Carmel, elle a été rattrapée par ses origines juives et est morte à Auschwitz. Edith Stein a laissé une œuvre écrite considérable, rassemblée en cinq volumes comprenant ses travaux philosophiques, anthropologiques, pédagogiques et théologiques.
Pendant la Grande Guerre, après s’être engagée dans la Croix-Rouge, Stein a obtenu summa cum laude son doctorat de philosophie pour une thèse sur l’empathie. Mais malgré la reconnaissance dont elle disposait auprès des principaux philosophes allemands de son temps, la misogynie prévalant au sein de l’université fit qu’elle n’obtint jamais un poste de professeure titulaire.
On voit poindre déjà dans sa thèse ses interrogations sur l’expérience religieuse, souligne Irene Chikiar Bauer dans un entretien au portail littéraire Letras Libres. On y trouve en effet ce témoignage personnel : « Je peux moi-même être incroyante et comprendre néanmoins qu’un autre sacrifie pour sa foi tout ce qu’il possède en biens terrestres. Je vois qu’il agit ainsi et j’empathise avec une conception de la valeur, dont le corrélat ne m’est pas accessible, comme motif de son action, et je lui attribue une dimension personnelle que je ne possède pas moi-même. C'est ainsi que j’obtiens empathiquement le type “homo religiosus” qui est étranger à ma nature, et je le comprends, même si ce qui m’apparaît là comme nouveau doit rester irréalisé. »
Sa conversion fut influencée par la lecture de Thérèse d’Ávila, elle-même d’origine juive. En 1933 elle adressera une lettre au pape Pie XI pour dénoncer les persécutions antisémites. Sa pensée inspirera des esprits aussi différents que le philosophe juif Emmanuel Levinas et Karol Wojtyla, le futur Jean-Paul II, qui la béatifiera.
