Le cerveau illusionniste
par Mike Jay

Le cerveau illusionniste

Depuis l’ermite Macaire, que de « petits étrangers » venaient voir dans la solitude du désert en l’an 350, le phénomène de l’hallucination est entré dans les annales. Or il n’est pas toujours, contrairement à ce que l’on croit, associé à la folie : des déficiences neurologiques peuvent créer chez des personnes saines d’esprit des perceptions sensorielles fausses. La recherche commence tout juste à comprendre ce qui se passe alors dans notre cerveau profond.

Publié dans le magazine Books, février 2014. Par Mike Jay
En février 1758, un certain Charles Lullin, 90 ans, ancien fonctionnaire suisse dont la vue n’avait cessé de baisser depuis une opération de la cataracte cinq ans plus tôt, se mit à visualiser bien plus de choses qu’il n’en avait jusque-là l’habitude. Des personnages silencieux, invisibles au reste du monde, venaient lui rendre visite : un défilé de jeunes gens vêtus de capes magnifiques, de femmes parfaitement coiffées portant des cassettes sur la tête et de jeunes filles dansant en agitant soies et rubans. Les visions de Lullin ont été consignées. Son petit-fils, le naturaliste Charles Bonnet, les fit publier en 1760. C’est lui qui, bien plus tard, donna son nom au syndrome par lequel on désigne les hallucinations chez certains sujets âgés malvoyants. C’est sur le cas de Lullin que s’ouvre le livre d’Oliver Sacks, qui annonce ainsi la manière particulière dont il entend aborder son sujet. Cette histoire a le mérite d’abord, parce qu’elle précède l’apparition dans le vocabulaire médical du mot « hallucination », d’échapper en partie à la pression idéologique qui allait s’exercer sur le phénomène à partir du XIXe siècle. Ensuite, et c’est le plus important, il s’agit d’un exemple d’hallucinations sans lien avec une maladie mentale : Lullin avait des problèmes de vue, mais ses facultés cognitives étaient intactes et il admettait sans problème l’irréalité de ses visions. La principale originalité du livre consiste en effet à exclure de son propos les hallucinations schizophréniques, au motif qu’elles « doivent êtres considérées isolément ». Il faudrait leur consacrer « un livre…

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Commentaire

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  1. Catherine dit :

    Bonjour,
    En tant qu’abonnée, je pensais avoir accès aux archives en ligne ?
    Cordialement