สล็อตเว็บตรง หวยออนไลน์ หวยออนไลน์ สล็อต บาคาร่าเว็บตรง บาคาร่า บาคาร่า บาคาร่า หวยออนไลน์ บาคาร่า บาคาร่า หวยออนไลน์ หวยออนไลน์ บาคาร่า หวยออนไลน์ บาคาร่า หวยออนไลน์ สล็อตเว็บตรง สล็อตเว็บตรง
Le roman est-il mort, bien vivant, ou en état de suicide avancé ? - Books

Le roman est-il mort, bien vivant, ou en état de suicide avancé ?

Depuis le temps qu’on proclame le roman mourant, celui-ci devrait bien être aujourd’hui à l’agonie. Pas du tout, affirme l’éditeur américain Gerald Howard dans le New York Times : « La littérature romanesque ne permet à personne de se nourrir et de s’habiller, quelques ultra-chanceux mis à part ; mais elle est tout aussi immortelle que les autres productions culturelles humaines. » On a beau lire partout « qu’elle est non seulement dans la panade mais carrément menacée d’extinction à cause, au choix, du déclin de la capacité d’attention, de la disparition du public suffisamment cultivé pour la comprendre et l’apprécier, ou de l’imminence d’un déferlement technologique (cf. les romans écrits par l’IA) ». Mais la réalité « c’est que le roman a survécu aux méga librairies, à la concentration des maisons d’édition des années 1970, à l’hégémonie du bestseller… Si ce n’est plus qu’un cadavre, voilà un cadavre encore superbement agité. » Pour Gerald Howard, la preuve de la vitalité du (grand) roman ce sont les miraculeuses naissances ou résurrections d’œuvres telles que Moby Dick, les sagas de Faulkner, Lolita ou les écrits « contre -culturels » de Jack Kerouac. Parus dans de mauvaises conditions aux mauvais moments, parfois tués dans l’œuf par des éditeurs incompétents ou des critiques malavisés, les meilleurs textes remontent inéluctablement à la surface « comme la crème sur le lait » postule Gerald Howard. Essentiellement parce qu’il existe des guetteurs comme le très oublié Malcolm Cowley, un écrivain-critique-éditeur auquel il consacre une véritable élégie et qu’il considère comme le pilier de la littérature américaine du XXe siècle car il a mis le pied à l’étrier de Kerouac, Faulkner et bien d’autres encore. Quant aux lecteurs américains, ils seraient toujours aussi épris de qualité littéraire, à en juger par les queues devant la librairie chic de Cap Cod où Gerald Howard réside l’été… 


À l’opposé, Sean Thomas soutient dans The Spectator qu’aujourd’hui la fiction littéraire est déjà quasiment morte (tout comme la poésie) – mais que ce décès qui est en fait un suicide est un bienfait. Les nouveaux romanciers ont en effet scié la branche sur laquelle ils étaient assis, celle du récit pourvu d’un puissant « arc narratif » qui emporte le lecteur dans le rêve. Ils ont opté pour l’inlassable exploration de leur moi dans « des ouvrages chics écrits pour un ghetto chic, sans considération pour les vrais goûts des gens » (les compositeurs actuels commettraient la même erreur fatale en sacrifiant la mélodie, « le narratif de la musique »). Or la passion des histoires est ancrée dans la psyché humaine – la vie elle-même n’est-elle pas un récit avec un début et une fin et des péripéties dans l’intervalle ? Jadis tous se blottissaient autour du feu pour écouter, transis d’émotions, des récits de chasse au mammouth ou d’exploits légendaires. Plus tard, les hommes et de plus en plus les femmes allaient vibrer, craindre, se lamenter au rythme des prouesses ou des amours de leurs semblables. Aujourd’hui, voici qu’on leur préfère les récits peuplés de vampires ou de magiciens. Mais ce n’est pas la coupe qui compte, c’est l’ivresse qu’elle garantit par l’histoire qu’elle contient.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Insider: Malcolm Cowley and the Triumph of American Literature de Gerald Howard, Penguin Press, 2025

SUR LE MÊME THÈME

Littérature En lisant Don Quichotte
Littérature Un roman choral, brutal et hypnotique
Littérature La Divine Comédie, de l’Inquisition au wokisme

Dans le magazine
BOOKS n°123

DOSSIER

Faut-il restituer l'art africain ?

Chemin de traverse

13 faits & idées à glaner dans ce numéro

Edito

Une idée iconoclaste

par Olivier Postel-Vinay

Bestsellers

L’homme qui faisait chanter les cellules

par Ekaterina Dvinina

Voir le sommaire