« L’électeur informé vote différemment »
par La rédaction de Books

« L’électeur informé vote différemment »

Écrit par La rédaction de Books publié le 12 novembre 2010
Nonna Mayer est directrice de recherche au CNRS et enseigne 
à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle vient de publier
 Sociologie des comportements politiques aux éditions Armand Colin.
 Nous l'avons interrogé en complément de l'article paru dans le n°17 de Books « L'ignorance de l'électeur ». Voici la version intégrale de cet entretien. Books : Dans son article, Louis Menand explique que très peu d’électeurs votent d’une manière pleinement rationnelle et informée. Êtes-vous d’accord avec ce diagnostic ? Nonna Mayer : La compétence politique objective (connaissances) et subjective (se sentir concerné, habilité) est inégalement répartie dans l‘électorat. Mais point n’est besoin de diplômes pour se repérer, savoir qui est de gauche ou de droite, quel candidat défend les intérêts des fonctionnaires ou celui des petits patrons,   quels sont les partis qu’on aime et ceux dont on ne veut en aucun cas, avoir une conception du bien et du juste. A défaut d’être pleinement informés, électeurs et électrices sont capables d’un choix raisonné. Si l’on tient compte du fait que leur information et leur capacité à la traiter peut être limitée, qu’ils peuvent être dans l’incapacité de faire le choix optimal, ou d’évaluer toutes les alternatives, on les considèrera comme rationnels à partir des procédures mises en œuvre pour aboutir à une décision, qui n’aboutiront pas nécessairement à la décision optimale mais à tout le moins  satisfaisante.  C’est la rationalité procédurale, ou encore limitée, par opposition à la rationalité substantive des économistes néo-classiques (1). Quel est, selon vous, le critère le plus déterminant dans le vote ? (le milieu social, les médias, etc. ?) C’est un ensemble de critères. Les auteurs de l’American Voter (1960) parlaient d’« entonnoir de causalité ». L’électeur réagit en fonction d’attitudes forgées tout au long de sa vie, de sa naissance au moment de l’élection, qui filtrent ses perceptions des candidats et des enjeux. Et le bombardement médiatique qu’opère une campagne électorale sert de catalyseur, réactive ses prédispositions, hiérarchise ses préférences, en fonction du contexte spécifique à l’élection (offre, conjoncture économique et politique, nature du scrutin). Son vote est à la fois prévisible, et jamais acquis. Menand s’intéresse exclusivement au cas américain. L’électeur français fonctionne-t-il de façon différente ? Globalement non, les deux votent selon leurs intérêts, leurs appartenances et leurs identités de groupe, leurs affinités partisanes. Seule varient l’histoire, les institutions, et partant la nature des clivages.  Ici le clivage gauche droite sert de boussole, là l’opposition entre démocrates et républicains. Ici les partis se sont construits sur des bases de classe, là sur l’enjeu racial (esclavage, Guerre de Sécession, droits civils). Ici la pratique du catholicisme incline à droite alors qu’aux Etats-Unis, les membres des confessions minoritaires soutiennent plus les  démocrates. Là on note depuis les années Reagan un « gender gap » conséquent, les femmes votant plus souvent pour le parti démocrate, tandis qu’en France elle se distinguent par un moindre soutien pour…
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