« L’intersexualité n’est jamais effacée par la chirurgie »
Publié en janvier 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Le sujet brûlant des interventions médicales sur les jeunes éprouvant une dysphorie de genre a relégué dans l’ombre le sujet non moins sérieux des interventions médicales sur les enfants, souvent des bébés, « intersexes » ou « intersexués ». En France on les qualifie depuis une loi de 2021 comme « présentant une variation du développement génital ». Pour reprendre une formulation du Conseil d’État, il s’agit d’enfants nés avec « un développement atypique du sexe chromosomique (ou génétique), gonadique (c’est-à-dire des glandes sexuelles, testicules ou ovaires) ou anatomique (soit le sexe morphologique visible) ». Surtout lorsqu’elle est visible, l’intersexualité interpelle parents et médecins, ce qui a conduit depuis les années 1950 à proposer une intervention chirurgicale destinée à corriger les apparences.
Ayant lui-même subi une intervention de ce genre, le Britannique Iain Morland, ingénieur du son, né en 1978, est devenu « le plus éminent théoricien des études critiques de l’intersexualité », écrit dans Science Amanda Lock Swarr, du Département des études de genre, des femmes et de la sexualité à l’université de Seattle. Dans ce livre complexe et de lecture ardue, précise-t-elle, l’auteur « présente avec soin et sur un ton mesuré tous les points de vue » exprimés sur le sujet. Mais la conclusion est radicale : « l’intersexualité n’est jamais effacée par la chirurgie », écrit Morland, et celle-ci constitue à l’égard de l’enfant, qui ne comprend pas ce qu’on lui fait, un abus de pouvoir injustifiable, créant une blessure mentale définitive. Curieusement, il passe sous silence l’autre sujet, celui des interventions médicales sur les jeunes éprouvant une dysphorie de genre.
