Lire ou ne pas lire, là n’est pas la question

L’amour des livres rendrait-il aveugle ? Contestant en 1997 la réalité du déclin de la lecture, la critique Larissa MacFarquhar s’en prend au chœur des pleureuses, ces avocats inconditionnels du livre qui oublient pieusement la réalité qui se cache derrière les bons chiffres de ventes : aujourd’hui comme hier, on lit d’abord des romans à l’eau de rose, des livres de cuisine et de développement personnel ; bref, des ouvrages faciles, qui câlinent, et ne déstabilisent jamais. Sans porter de jugement sur les pratiques culturelles de ses concitoyens, la journaliste corrige ainsi sérieusement l’éternelle rengaine du « c’était mieux avant ». Avec ces questions simples : lire un mauvais livre vaut-il mieux que regarder un bon programme télé ? Le spectateur est-il vraiment plus passif devant son écran que le lecteur devant sa page ?


Children reading c.1960 'Celebrating World Book Day' , New Zealand Archives
Parmi les truismes qui constituent l’eschatologie du déclin culturel américain, celui-ci est l’un des plus banals : nous ne lisons pas. Autrefois, dit la légende – dans les années 1950, mettons –, nous lisions bien davantage qu’aujourd’hui, et nous lisions les bonnes choses, les classiques. À présent, nous n’avons que faire de la lecture, d’ailleurs nous savons à peine lire, et la télévision ou l’ordinateur sont en passe de rendre le livre obsolète. Rien de tout cela n’est vrai. Nous lisons beaucoup plus que dans les années 1950. En 1957, 17 % des personnes sondées par l’institut Gallup déclaraient avoir un livre en cours ; la proportion avait plus que doublé en 1990. En 1953, 40 % des personnes interrogées par Gallup connaissaient l’auteur de Huckleberry Finn (1) ; en 1990, elles étaient 51 %. Huit mille six cents nouveaux titres étaient publiés en 1950 ; près de cinq fois plus en 1981. En réalité, les Américains achètent aujourd’hui [cet article date de 1997] plus de livres que jamais – plus de deux milliards en 1992. Entre le début des années 1970 et le début des années 1980, le nombre de librairies a quasiment ...
LE LIVRE
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Élégie à Gutenberg. Le destin de la lecture à l’âge électronique de Lire ou ne pas lire, là n’est pas la question, Faber & Faber

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