Quand le prolétariat soviétique tombait la chemise

La révolution d’Octobre s’est accompagnée d’une autre révolution, sexuelle celle-là. À la suite de la prise de pouvoir des bolcheviks, une brise érotique souffle sur l’Union soviétique naissante : des mouvements nudistes font leur apparition, l’amour libre est prôné comme antidote à la morale bourgeoise. Mais l’avènement de l’État stalinien mettra un terme à cette période de volupté.


Cette plage, située en plein cœur de Moscou et devenue aujourd’hui un quai pavé interdisant tout accès à l’eau, fut dans les années 1920 l’un des lieux de prédilection des adeptes du nudisme. © Ullstein Bild Dtl/Getty

«Il n’y a pas de sexe en URSS ! » Lancée en 1986 par une Soviétique lors d’une émission télévisée qui faisait dialoguer des habitants de Leningrad et de Boston, cette réplique est aussitôt devenue culte 1. Tout le studio avait éclaté de rire. Pour autant, ce cri du cœur traduisait bien l’attitude officielle de l’URSS envers tout ce qui concernait la sexualité. Mais il n’en avait pas toujours été ainsi. Les premières années suivant la création de l’URSS, époque agitée où une vie nouvelle commençait tout juste à s’établir sur les ruines de l’empire, ont aussi été celles d’une étonnante liberté sexuelle. Une célèbre photo du début des années 1920 montre une plage au bord de la Moskova, au pied du Grand Pont de pierre, avec vue imprenable sur les tours et les églises du Kremlin, où vivent et travaillent Lénine et les autres dignitaires. La plage est couverte de baigneurs, dont certains entièrement nus. Quelques années plus tard, pareil spectacle deviendra inconcevable. Il...

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Marxisme et révolution sexuelle de Alexandra Kollontaï, La Découverte Poche, 2001

ARTICLE ISSU DU N°119

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