« Éolien: une belle illusion », un numéro spécial de Books à ne pas manquer ! Découvrez son sommaire.

Thierry Lepercq : « Un seul avenir possible : l’hydrogène »

En France, la ressource éolienne n’est pas bonne : les régimes de vent à terre et les côtes se prêtent mal à l’offshore. L’éolien a un bel avenir, mais hors de France, et pour fabriquer de l’hydrogène, appelé à remplacer le pétrole.

Thierry Lepercq a été directeur général adjoint d’Engie, où il était chargé de la recherche et technologie et de l’innovation. Il a fondé la société Soladvent.

 

 

L’avenir de l’éolien, c’est l’hydrogène, écrivez-vous. Comment cela ?

L’éolien et le solaire ont deux limites. Premièrement, ce sont des énergies électriques. Or l’électricité ne représente que 20 % de notre consommation énergétique. Pour l’industrie, le chauffage et les transports, on recourt plutôt à d’autres sources d’énergie. En outre, l’électricité est difficile à transporter et à stocker. Deuxièmement, ce sont des sources d’énergie variables. Or la sécurité d’approvisionnement exige de disposer d’énergies pilotables en fonction de la demande. La production d’hydrogène par électrolyse de l’eau – pour autant qu’elle soit économique – permet de répondre à ces problèmes : on peut dès lors disposer d’une énergie universelle, transportable et stockable, à même de se substituer aux combustibles fossiles dans tous leurs usages, en réutilisant les infrastructures existantes.

 

 

Selon vous, le nucléaire, c’est fini. Vraiment ?

L’énergie nucléaire a connu un pic en 2006 – bien avant Fukushima –, mais sa part dans le mix énergétique mondial a baissé de 20 % ­depuis. En 2019, le nombre de réacteurs en construction dans le monde est passé sous la barre des 10 pour la première fois depuis 1955. Pourquoi ? D’abord parce que les coûts se sont envolés : le contrat de la centrale de ­Hin­k­ley Point, en construction au Royaume-Uni, stipule un prix de 102 livres par mégawatt­heure (soit, en ­valeur actuelle, 120 euros), huit fois plus que ce que stipulent de grands appels d’offres solaires comme celui qui a été attribué au Portugal en août dernier. Par ailleurs, avec l’évolution de la réglementation et de la perception des risques, ces projets sont devenus infinançables par le secteur privé. Pour autant, si le nouveau nucléaire est vraiment fini, ça ne veut pas dire qu’il faille se précipiter pour fermer les ­réacteurs existants.

 

 

Vous dites qu’il faut arrêter totalement l’éolien en France. Y compris en mer ? Quels sont vos arguments ?

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Le problème, avec les débats sur l’énergie, c’est qu’ils virent souvent à l’émotionnel. Or, l’énergie, c’est d’abord un système qui doit répondre à trois critères objectifs : sécurité, compétitivité et décarbonation. C’est aussi une ressource qui doit être abondante et peu chère : c’est pour cela qu’on produit du pétrole en Arabie saoudite et pas en France. Or la ressource éolienne en France n’est pas bonne : les régimes de vent à terre sont très inférieurs à ceux de la Scandinavie et du Maroc. Les gisements offshore sont un peu meilleurs, mais la configuration géographique augmente les coûts (sauf en mer du Nord), à cause de l’exposition à la houle atlantique et d’une nature de fonds marins peu propice à cette activité. Si on ajoute les coûts inhérents au système administratif français, notre ressource éolienne ne peut pas être compétitive, et cela se reflète dans les prix des appels d’offres, bien plus élevés en France. Autant importer de l’éolien, par exemple sous forme d’hydrogène !

 

 

D’après vous, nous nous dirigeons vers une « civilisation de l’hydro­gène ». Est-ce réaliste ?

Nous vivons depuis un siècle et demi dans la civilisation du ­pétrole, qui nous a apporté d’immenses bienfaits en matière de niveau de vie et de capacité à nous déplacer. Je parle de civilisation parce que cela associe un mode de vie – la société de consommation – à un rapport de dépendance avec une ressource et ceux – pays et entreprises – qui la contrôlent. Avec le changement climatique, cette civilisation ­arrive à son terme et une nouvelle se profile. Elle se fondera sur des ressources renouvelables – le ­soleil et le vent –, quasi illimitées, infiniment mieux réparties et que personne ne contrôle réellement. De même, personne ne contrôle la technologie éprouvée et bicentenaire de l’électrolyse, qui permet de transformer ces énergies en ­hydrogène à même de se substituer en tout aux combustibles fossiles. Comme pour l’eau ­potable, ce seront les territoires, rassemblés autour de ­régies ou de contrats de concession à long terme, qui détiendront le pouvoir. En somme, une énergie démo­cratique et émancipatrice !

 

 

— Propos recueillis par Books

LE LIVRE
LE LIVRE

Hydrogène, le nouveau pétrole de Thierry Lepercq, Le Cherche midi, 2019

ARTICLE ISSU DU N°0105

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