1638 : on a marché sur la Lune
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1638 : on a marché sur la Lune

Écrit par la rédaction de Books publié le 20 juillet 2015

Crédit : NASA

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong pose le pied sur la Lune. Un petit et un grand pas effectués dès le XVIIe siècle par le héros de L’Homme dans la lune, de Francis Godwin. L’évêque anglais décrit, dans ce qui passe pour l’un des premiers ouvrages de science-fiction publié en anglais en 1638, le voyage dans l’espace de l’aventurier espagnol Dominique Gonzales. Après plusieurs jours à bord d’une machine tirée par des oies, le héros foule enfin le sol de la Lune.

 

 

Je n’eus pas plutôt mis le pied dans cette nouvelle terre, que je me sentis tout affamé ; si bien qu’après avoir attaché mes Gansas [oies, NdlR], et ma machine au premier arbre que je rencontrais, je ne pensais plus qu’à satisfaire mon ventre. Pour cet effet, je fouillais tout aussitôt dans mes pochettes, pour en tirer les provisions dont j’ai parlé ci-devant. Mais au lieu des perdrix et des chapons que je pensais y avoir mis, je n’y trouvais qu’un mélange confus de feuilles sèches, parmi de la mousse, du poil de chèvre, des crottes de brebis et de semblables ordures. Il m’en arriva de même de mon vin de Canarie, qui se tourna en une puante et vilaine liqueur, telle à peu près du pissat de cheval, ou quelque autre bête ; d’où vous pouvez bien juger, que toutes ces choses n’étaient qu’illusions de malins esprits, et de quelle force j’en aurais été servi, si je m’y fusse fié.

Mais tandis que je m’amusais à considérer de si étranges métamorphoses, j’ouïs un grand bruit que faisaient mes oiseaux ; qui battaient des ailes derrière moi, et me tournant tout en même temps, je vis comme ils se jetaient à corps perdu sur un certain arbrisseau, qui s’était fortuitement embarrassé dans l’étendue de leurs cordages, je pris garde qu’ils en mangeaient les feuilles avec une grande avidité, et m’en étonnais d’autant plus, que je ne les avais jamais vu jusqu’alors, se repaître d’aucune forme de mangeaille. Cela me fit prendre envie d’en cueillir une feuille, et de la mâcher ; ce que je fis avec un plaisir extrême, pour le merveilleux goût que je trouvais qu’elles avaient ; et ainsi ces feuilles prises sans excès, tinrent lieu d’un excellent repas, tant à moi qu’à mes oiseaux ; et nous en usâmes toujours depuis au besoin, comme d’un grand rafraîchissement.

Bien à peine eus-je fini ce beau festin, que je me vis environné d’une certaine sorte de gens, dont la nature, la mine et l’habillement me semblèrent fort étranges. Ils avaient la taille différente, mais pour la plupart deux fois plus grande que la notre, le teint olivâtre, le geste plaisant, et des habits si bizarres qu’il m’est impossible de vous en faire comprendre, ou la forme, ou la matière. Tout ce que je vous puis dire, est que je les voyais tous vêtus de la même façon, d’une étoffe qui n’était ni drap ni soie et ce qui m’étonnait le plus, d’une couleur que je ne saurais dépeindre, ne se pouvant proprement appeler, blanche, noire, rouge, verte, jaune, bleue, ni du nom de pas une de ces autres couleurs, qui sont composées de celles-ci. Que si vous me pressez là-dessus, et me demandez, comment donc la pourrait-on définir ; je vous répondrais que c’est une couleur, dont on n’a jamais vu la pareille dans notre monde ; et qui par conséquent ne peut être ni conçue, ni représentée, n’étant pas moins difficile de la figurer à qui ne l’a vue, que de faire comprendre à un aveugle la différence qu’il y a entre le vert et le bleu. Mais après tout, je puis dire, sans mentir, que durant mon séjour en ce nouveau monde, je n’ai point trouvé d’objet si agréable à mes yeux, que cette couleur illustre, et resplendissante par dessus toutes les autres.

Il me reste maintenant à dire quelles sont les mœurs des habitants de ce pays inconnu. Ils se présentèrent à moi, comme j’ai déjà dit, tout à l’improviste, et d’une façon si étrange, que de frayeur que j’eus, je demeurais quelque temps interdit, et failli même m’évanouir. Car soit que ma personne ne leur donnât pas moins d’étonnement que la leur me donnait d’épouvante ; soit que pour la trouver extraordinaire, ils l’eussent en quelque vénération, tant il y a, que jeunes et vieux se prosternèrent devant moi. Puis tenant les mains haussées, ils se mirent à prononcer quelques mots que je n’entendis pas, et se levèrent tout à l’instant.

Le plus haut d’entre eux s’en vint alors m’accoster, et m’embrassant avec beaucoup de tendresse, il donna ordre à ce que j’en pu juger, que quelques uns de ces gens se tinssent près de mes oiseaux. Cela fait, il me prit par la mains, me conduisis jusqu’au bas de la montagne, et me fit entrer dans la maison, située à plus d’une demie-lieue de l’endroit où j’avais mis pied à terre. Tout notre monde ne saurait rien montrer d’égal, ni à la grandeur, ni à la beauté de son édifice ; en comparaison duquel j’en vis depuis plusieurs autres, qui tous beaux qu’ils étaient, ne paraissent non plus que des cabanes couvertes de chaume. La moindre porte de ce palais avait 30 pieds de hauteur, et 12 de largeur ; les chambres en avaient 40 à 50 et tout le reste à proportion. De quoi certes il ne fallait pas s’étonner, le maître de ce logis ayant du moins de la tête au bas 30 pieds de haut, et le corps si massif, que qui l’aurait mis dans une balance, s’il eut été possible, l’aurait trouvé 25 ou 30 fois plus pesant qu’un des plus robustes hommes de notre monde.

Après qu’il m’eut fait reposer avec lui l’espace d’un de nos jours, il me mena droit au palais du prince du pays, qui était à quelques cinq lieus de là.

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